mardi 18 octobre 2011

Dès avant tout début ...


        — 1 —
Dès avant tout début, toute époque, tout âge
L’esprit libre et heureux des mil-et-un matins
Le cœur pur et joyeux des lumineux satins
Sont par déjà pourvus du sublime héritage

        — 2 —
Tel est le précieux gage de nos vies enlacées
Avant toute espérance, avant même le savoir
Vibrant au sentiment qui ne se laissait voir
Qui unissait serein, nos cœurs entrelacés

        — 3 —
Qu’il est grand le mystère qui nous connut amants
Avant même la vie, même avant la nature
Qui tissait, de ses fils, l’invisible armature
D’une destinée vraie, libre éternellement

        — 4 —
L’amour est illusion, diront certains esprits
Ce qui compte est la vie, des besoins, des désirs
Celle qui se reflète, en aises et plaisirs
Car elle seule échappe aux pièges des tromperies

        — 5 —
Si ainsi ils ignorent le haut pouvoir du germe
Sis au creux de leur sein, de bonnes âmes choisies
C’est qu’ils n’ont pas encore, goûté à l’ambroisie
La liqueur éthérée, dont les sens sont le terme

        — 6 —
Mais vous, mon tendre amour, qui savez les secrets
Qui ne sauriez nier, ce qui est la raison
De songes transportés par vives oraisons
N’oseriez sacrifier à un cours indiscret

        — 7 —
Ce qui sied au cœur même de votre être accompli
Sans vous être laissée, un instant fugitif
Aveuglée par l’attrait, miroitant, primitif
D’opulentes promesses, d’espoirs inaccomplis

        — 8 —
Est-il un bien meilleur que le plus grand de tous
Que celui qui, du Ciel, baigne de sa rosée
Pure et lénifiante deux cœurs vrais, disposés
À vivre le bonheur d’une joie calme et douce

        — 9 —
 Pourtant, ils sont nombreux les pièges tendus
Qui nous font oublier quelle serait la voie
Des aurores infinis auxquels, sûrs, nous envoient
Les promesses tenues aux cours inattendus

        — 10 —
Quel est donc le regard qui en découvrira
Pour nous, ja, le tracé aux dix mil embouchures
Qui forment le contour des sublimes aventures
Que l’éternel amour, pour nous, entrouvrira

        — 11 —
Nul autre que celui qui, au fond de nos cœurs
Minuscule semence aux horizons osés
Nourrie par Déméter, par Hyétios arrosée
Des rayons d’Apollon recevant la vigueur

        — 12 —
Telle une frêle tige, de la glèbe sortie
Cet humble rejeton, au passé ambigu
Reconnaît peu à peu les aires exigus
Pour tendre vers le ciel sa ramure assortie

        — 13 —
Infini, il découvre, et le haut, et le loin
De tout ce qui unit, de tout ce qui déchire
Pour de çà conserver ce qui vient enrichir
Nos vies inextricables, en assurant le soin

        — 14 —
Mais surtout il épuise, sans jamais le vider
Le fonds si profond, mystérieux, immense
Qui nourrit nos deux cœurs: fine, éthérée substance
Dont l’amour est la seule, inexprimable idée

        — 15 —
De deux êtres complets, sur la voie engagée
De la vie qui se sait enthousiaste et pleine
Sa splendeur rayonnant sur les plus vastes plaines
Joyeuse et tendre brise, de haine dégagée

        — 16 —
Elle exige d’être uns, sans défaut, ni partage
Sans nier toutefois la vraie unicité
De ceux qui, sur sa force, bâtissent la cité
D’un bonheur florissant, illimité, sans âge
        — 17 —
Son sceau est la justice, son parfum la bonté
Qui unit les amants, leurs actes, leurs visées
Qui ne saurait leur cœur autrement diviser
Qu’en ayant de l’amour plus haute volonté

        — 18 —
Sa danse est le désir, d’être ensemble et toujours
Son pas est de marcher, parfois séparément
Et tant et tant de fois qu’en dictent aux amants
Toutes les occasions, et en chacun des jours

        — 19 —
D’exprimer cet élan auprès de tout autrui
D’un amour vivifiant, sincère et chaleureux
Qui ne réussit bien qu’à faire des heureux
Sans pour autant trahir la source qui l’instruit

        — 20 —
Adoncque mon amour, mon cœur, âme, et mie
Que se savent les noms, les sons, les mélodies
Des chants qu’annulerait nulle palinodie
Retrouvons l’état pur, par quoi nous sommes promis

Plérôme

mardi 22 mars 2011

Une chose seulement ...

PRINTEMPS 2011

        — 1 —
Une chose seulement vous offrais Eurydice
Je la portais en moi depuis des millénaires
Parmi mille secrets, fragiles luminaires
Il y en avait un, témoin des temps jadis

        — 2 —
Il logeait au silence de tréfonds inconnus
Seul un écho du vide en trahit la présence
Un vague lancinant qui révèle une absence
Dont je ne savais dire d’où elle était venue

        — 3 —
En moi il suscitait le besoin d’une quête
Qui viendrait par miracle combler un creux tenace
Mais où la commencer ? En quel lieu, quelle place ?
C’était déjà savoir l’objet de mon enquête

        — 4 —
Le seul indice pourtant qui me narguait l'esprit
Une impression informe et indéfinissable
Ne révélait personne qui soit identifiable
Seulement un désir, de surcroît incompris

        — 5 —
Quel était cet écran, qui tel un blanc linceul
Coupait l’arrière-scène de l’action antérieure
Comme si l’expérience sans passé fondateur
Est le gage d’un présent qui n’existe que seul

        — 6 —
Comme si l’éternité à l’instant est réduite
Comme si l’avenir est déjà bien réel
Malgré qu’aucun moment, sans qu’il leur fît appel
Aux autres succédaient et ne se nommât fuite

        — 7 —
Le choc dût être grand qui de vous effaça
Tout souvenir d’un nom, d’un être, d’un visage
Et lui laissa en lieu un vague profilage
Une ombre diaphane, hélas, le remplaça

        — 8 —
Je parcourus les âges et, du fond de mon âme
Mon cœur était porté vers l’être de l’étoile
Chaste, pure et limpide qui transperce le voile
Sombre des nuits noires, sièges des plus grands drames

        — 9 —
Que d’aventures courues, que d’obstacles franchis
Que de vies parcourues, et les longues et les courtes
Y songeant à rebours, du sage œil de la tourte
C’est comme si j’en étais, d’hier juste affranchi

        — 10 —
Et pourtant logé là, dans l’intimité même
De ces péripéties qui éprouvaient ma foi
Et me revivifiaient en m’opposant leurs lois
Il y avait la lueur d’un grand amour suprême

        — 11 —
D’un amour qui était, non pas l’interruption
De vies ja palpitantes et d’obstacles replètes
Non plus encore le gage que désormais complète
Cette humble personne en aurait la ration

        — 12 —
C’était l’amour tué, dont la fine étincelle
Refusait de mourir, tellement il est puissant
Qui fort de cette foi, laquelle va en croissant
Se renouvelle en attente de sa tendre pucelle

        — 13 —
C’était l’amour blessé aux cuisantes souffrances
Qui côtoie les mirages pour en rouvrir la plaie
En laissant espérer, oui, au bonheur complet
Qui viendrait apporter du mal la délivrance

        — 14 —
Combien de fois fûtes-vous aux confins de mes doigts
Désormais accessible, du moins ce le semblait
Mais jamais entièrement, car un pâle reflet
Son ombre substitue à celle qui est ma joie

        — 15 —
Le rêve s’est construit sur des milliers d’éons
En lesquels s’exerça le sublime Sculpteur
Non heureux seulement d’avoir été l’Auteur
D’œuvres dont la facture inspire les panthéons

        — 16 —
Un jour imagina — et fit surgir de rien
Celle qui couronnerait toute sa création
Émerveillant même ceux qu’aucune admiration
Ne saurait émouvoir, puisque de purs terriens

        — 17 —
 Elle était tout d’esprit, de cœur et d’âme pétrie
Vibrant à l’unisson d’une harmonie céleste
Infusée de bonheur, d’une liberté preste
De deux joies elle faisait une joie sans rescrit

        — 18 —
C’était à une époque aujourd’hui oubliée
Et que rappelle encore, souvent à leur insu
Le sentiment profond, spontanément issu
De cœurs entrelacés, par leur amour liés

        — 19 —
Certains en parlent encore comme d’une aberration
Mais elle était alors la plus sublime des choses
Étant de deux amants l’ultime apothéose
Plutôt que de la vie la trop triste exception

        — 20 —
C’est à l’âge où la terre vivait selon la loi
De Vénus et d’Éros, en parfaite harmonie
La mélodie des cœurs rythmant la symphonie
De vies unifiées, vibrant à une foi

        — 21 —
Cet âge magnifique inspirait les passions
De tous et de chacun dans le jardin d’Éden
Partout régnait la paix, nulle émotion soudaine
N’y sèmerait le trouble, l’émoi, l’agitation

        — 22 —
Et pourtant un état, oui ! y trônait suprême
Prenant de l’amitié et de l’amour l’aspect
Unissant deux par deux, les couvrant de leur paix
Certaines âmes choisies par un secret barême

        — 23 —
Tantôt pour donner corps au vaste et grand projet
Dont la communauté serait l’usufruitière
Et tantôt pour peupler de vies primesautières
Les foyers, les contrées d’admirables rejets

        — 24 —
Seule comptait pour elles la vie pleine et entière
Celle qu’elles éprouvaient, qu’entre elles partageaient
Que nul ressentiment, ni haine n’abrégeait
Une vie abondante en joies et en mystères

        — 25 —
Telle était donc cet âge où nos cœurs se lièrent
Pour prêter le serment devant l’Éternité
D’une constante foi, pure fidélité
Car du plus grand amour nos deux âmes s’aimèrent

Plérôme