COMME DISENT LES CONTES ... (publication
le 14 février 2017)
La Saint-Valentin 2017
— 1 —
Il était une fois ..., comme disent les contes
Pour des temps oubliés révéler les légendes
Et par cet acte pieux espérer qu’elles rendent
La pureté aux cœurs libérés de la honte
— 2 —
C’était en ces temps-là, disent les Écritures
Pour rappeler qu’un jour dans un passé lointain
Dont les contours sont flous et les termes incertains
Eurent lieu des événements d’une inouïe nature
— 3 —
Un jour tout commença, nul doute à ce sujet
Mais que sait-on vraiment des premières lueurs
Qui ont baigné l’esprit dès les premières heures
Et lui a révélé à quelle vie il logeait
— 4 —
À quel moment précis l’initial sentiment
A-t-il ému le cœur, ébranlé les viscères
A-t-il élevé l’âme jusqu’au sublime éther
Ou l’a-t-elle projetée sous un gris firmament
— 5 —
Quel fut le premier heurt qui marqua le destin
Quelle fut d’abord la joie, mère des espérances
Pour faire passer des ailes aux yeux de la conscience
Et guider ses élus vers les nouveaux matins
— 6 —
De plus en plus heureux d’une vie accomplie
S’accordant à merveille aux lois de l’univers
Qu’interrogent les Sages et chantent les trouvères
Secret intarissable et oncques désempli
— 7 —
Quelle fut doncque l’aurore de l’amour invincible
Qui nous pénètre l’âme de toute éternité
Que recouvre parfois la clandestinité
Sans jamais s’altérer, pur et immarcescible
— 8 —
Tel un enfant brouillon, espiègle agité
Loki joue au plus fin avec nos cœurs meurtris
Par les dures épreuves, sur nos âmes pétries
S’acharnant, les défiant de leurs absurdités
— 9 —
Qu’est Éros sans Psychè ou Psychè sans Éros
Il sait bien où se doit le coup fatal porter
Qui prive les amants de cette liberté
Sans quoi leur existence n’est plus qu’un sort atroce
— 10 —
C’est un destin aveugle qui parfois les éloigne
Sur de fragiles esquifs que ballottent les flots
Voués à échouer sur de lointains îlots
Y croître et mourir, en planantes montagnes
— 11 —
Mais c’est encore un sort de beaucoup plus cruel
Qui voue las ! les amants à vivre côte-à-côte
Comme deux étrangers à qui un abîme ôte
La possibilité des aveux solennels
— 12 —
Comme si un lourd brouillard était sur la contrée
Descendu pour voiler à tous le paysage
Un manteau sombre, opaque a recouvert la plage
Sur laquelle nos pensées se sont jadis posées
— 13 —
Que peut le désir faire pour lever l’amnésie
Qui de la riche terre notre âme déracine
Qui, en les étranglant, nos sourires assassine
Les confine au tréfonds des vagues fantaisies
— 14 —
Ce nébuleux rappel d’un état très lointain
Dont la perfection évoque l’innocence
Qui nos deux cœurs unit en une même essence
Pour toujours et un jour à jamais les a joint
— 15 —
Ce merveilleux hymen, occulté par le temps
Dont les vicissitudes et les péripéties
Bravant tous les hiers, toutes les prophéties
Leur survit néanmoins, les transcende pourtant
— 16 —
Si c’était seulement qu’il était le premier
D’une très longue suite d’amours et de passions
Il serait bien normal que se fît la cession
Du caduc au nouveau, ainsi jusqu’au dernier
— 17 —
Mais le noble principe qui tous les autres englobe
Plutôt qu’il ne décroît retrouve en lui la vie
Démultiplie sa force, le cœur comblé ravit
Rayonne sur ses fils, tel l’astre sur le globe
— 18 —
S’il arrivait pourtant que la très vive flamme
Au brasier de laquelle le feu s’alimentait
Vînt un jour à s’éteindre — ce qui le tourmentait —
La béance créée en déchirerait l’âme
— 19 —
Tout peut se remplacer qui, du génie de l’homme
A procédé un jour, puis un jour fut détruit
Ce qui ruine devint peut être reconstruit
Mais non pas supprimé le décret du fatum
— 20 —
Qui dans le merveilleux univers des essences
Fait naître les moments empreints, remplis de vie
À laquelle obligée l’âme s’est assouvie
Entièrement comblée de cette bienveillance
— 21 —
Mais qui ne souffre point d’être contrecarrée
Non pas que ce ne fut onc irréalisable
Car un libre dessein, fût-il abominable
Ne peut inadmissible, injuste, le déclarer
— 22 —
Il peut même réussir à faire prévaloir
Une ferme intention, chérie par-dessus tout
Dont la frêle bonté somme le risque-tout
D’immoler son honneur sur l’autel de la gloire
— 23 —
Dès lors que ses visées se mettent au service
De la vie, de l’amour, voire incomplètement
L’Idéal sacrifié impétueusement
En appelle à Elyon que justice sévisse
— 24 —
Ce n’est pas que l’envie en dicte la révolte
Ni même le chagrin de se voir ignoré
À la fois dans son droit ainsi déshonoré
Par une conscience aux désirs désinvoltes
— 25 —
Et la légitimité aussi de décrets justes
Qui sa perfection reconnaît et confirme
Sa superbe valeur dignement réaffirme
Les formes naturelles à son nimbe rajuste
— 26 —
Cela tient plutôt de l’insatisfaction
Qui naît de la scission entre l’idéal vœu
Et ce qui s’accomplit, entre un loyal aveu
Et ce qui, le niant, en est l’imperfection
— 27 —
L’histoire de la vie, des dieux comme des hommes
Est replète d’instances, laissant à espérer
Le plus vif des bonheurs, grand et inespéré
Mais pourvu qu’ils voulussent se montrer économes
— 28 —
Non pas de la sagesse, qui les esprits éclaire
Ni de la vision juste qui guide le jugement
Ni du hardi courage, qui hâte fièrement
Ni de la retenue qui les ardeurs tempère
— 29 —
Non ! c’est de la passion qu’il faut se méfier
Qui, envahissant l’âme, en vient dicter aux sens
Qui, submergeant le corps, brouille l’intelligence
Incline à la bêtise, à tous en stupéfier
— 30 —
Car si ce monde-ci devient l’occasion
D’ineffables bonheurs, d’indescriptibles joies
Enflammant les brasiers des simples villageois
Et donnant la lumière aux plus tristes mansions
— 31 —
On y trouve aussi — voilà ce qui tous peine —
Désolations suprêmes, innommables souffrances
Qui sont au quotidien le lot d’âmes en transe
Et hausse la misère au rang de souveraine
— 32 —
Pourtant cela répugne au cœur comme à l’esprit
De constater ainsi de tant de congénères
Le déplorable sort qui, à la débonnaire
Gente, se découvre, mystérieux, incompris
— 33 —
Quelle béatitude, en toute bonne foi
Peut ce malheur vouloir impuissant côtoyer
Peut d’un regard glacé l’affliction tutoyer
Et ne pas implorer la justice parfois
— 34 —
Qu’elle fasse pleuvoir sur les hères éprouvés
Les grâces qui, du Ciel, soulageraient la peine
Les bénédictions de Fortune pérenne
Les tribulations vienne enfin achever
— 35 —
Car enfoui au sein de chaque intimité
Se trouve cet élan, évidence de vie
Qui naturellement à son pareil le lie
Et veut le libérer de ses calamités
— 36 —
Comment dire autrement ce qu’est l’amour sublime
Se laissant embraser par les causes perdues
Au nom d’une justice sur chacun descendue
En raison d’être un cœur que la Vie bien anime
— 37 —
Ce qui jà devait être et n’est pas devenu
Laisse un vide béant qu’il faudra bien combler
Sauf à, oui, se résoudre à subir, accablé
Les vents existentiels qui seront advenus
— 38 —
Pour le remplir séant et sans réservation
Tel que cela convient à l’aveugle destin
Qui, telle une eau informe, le plus petit recoin
Remplit de sa présence, sans hésitation
— 39 —
Comme il est vrai de dire, sans oser se tromper
Que c’est seul sur le bien que se peut édifier
Ce qui d’encore mieux peut se qualifier
Et ne pas éprouver de se voir estompé
— 40 —
Par l’intime faiblesse qu’avecque lui apporte
Le défaut qui en nie l’entière plénitude
L’exposant à savoir quelle est sa finitude
Par les affronts nombreux qui en heurtent les portes
— 41 —
Ou qui, bien pis encore, flairant une victime
Veulent abattre les murs qui lui servent d’abri
Et pratiquer la brèche qui ruine ce lambris
Servant à protéger la salutaire estime
— 42 —
Qui fonde les efforts et aussi tous les rêves
Qui nourrit les projets d’un glorieux avenir
Et comble les prémisses d’un complet devenir
Sans lesquels une vie paraît toujours trop brève
— 43 —
L’inexorable loi à laquelle est soumise
L’humanité entière, car douée de conscience
Qui est l’ultime gage de l’accomplie science
Ayant été un jour implicitement promise
— 44 —
À elle, cette loi dis-je, peut être surmontée
Dès que se recouvrit la première innocence
L’infaillible barrière contre l’extravagance
Qui mine, diminue, détruit la liberté
— 45 —
Car alors la béance qui s’était installée
Trouve-t-elle à s’emplir de cette infinitude
Dont la terrible absence d’aucune ingratitude
La privait d’exprimer ainsi que d’étaler
— 46 —
Comment n’entrevoir pas le très profond mystère
Qui l’âme de la femme au cœur de l’homme lie
Constituant pour tous la vivante homélie
De l’état fondateur de toute vie sur terre
— 47 —
Comment n’entrevoir pas qu’en un passé lointain
Qui transcende peut-être jusqu’aux confins du temps
Une double étincelle ponctue le firmament
D’une même lueur éclairant les destins
— 48 —
Comment ne songer pas que leur course rapide
Autour d’un centre unique, d’un point qui est le leur
Circule bravement, malgré que son ampleur
Parfois éloignera les astres intrépides
— 49 —
Au point où la pâleur de leur céleste nimbe
Avec celui, falot, des voisins se confond
Les menaçant ainsi d’un effacement profond
D’un long et lent voyage au creux des fades limbes
— 50 —
Seul alors le souvenir de moments vifs et tendres
Enjoués et heureux ou sérieux et lucides
Préservent des langueurs qui les âmes trucident
En les asphyxiant de leurs stériles cendres
— 51 —
En attente du jour où se retrouveront
Les compagnons astraux qu’un destin rend complices
Les célestes jumeaux engagés sur la lice
Qui, en les complétant, les réaliseront
— 52 —
Mais si par un très grand, sombre et triste malheur
La dure solitude sur la fidélité
Devenait l’achoppement à la vitalité
Qui des âmes-sœurs soutenait le bonheur
— 53 —
Et causait que l’une d’elles devînt l’hôte obligé
D’un astre errant voisin sillonnant les parages
Et goutât au miel des bons et doux breuvages
Qui scellent les destins des vertus négligées
— 54 —
La blessure causée au cœur abandonné
Qui ne se sentait un qu’en vertu de l’union
Pure et originelle d’âmes à l’unisson
Peuplant un univers par l’amour ordonné
— 55 —
Serait inguérissable si ne se répara
La gigantesque brèche par cette absence ouverte
Qui jamais ne pourra être un jour recouverte
Par aucun sentiment que le cœur abritera
— 56 —
C’est alors que survint, salutaire et final
L’ultime sacrifice qui tout restaurerait
Et aux plus désolées âmes redonnerait
L’espérance d’un retour aux sources virginales
— 57 —
D’un recommencement qui tout rétablirait
D’un entier pardon qui tout effacerait
D’une sublime grâce qui éradiquerait
Jusqu’aux traces des manques qui chacun hanteraient
— 58 —
Se fût-il accompli — comme nous savons qu’il fut —
Qu’il demeurerait vain si on lui déniait
De pouvoir transformer ce qui l’injuriait
C’est-à-dire du Juste ce qui est le refus
— 59 —
Ce qui le manque seul parvient à racheter
Ainsi que les séquelles, les dures iniquités
Qui en sont le salaire, contre toute équité
Versé, et qui souvent est issu de lâcheté
— 60 —
Est celui, défrayé, qui plus précieux encore
Éveillera l’amour par l’amour supplicié
Lorsque le subissant le cœur justicier
Signifie, par son geste, son plus entier accord
— 61 —
C’est l’exemple, en effet, singulier, curieux
D’une économie rare, parfaitement gnostique
Dont les secrets principes mènent l’âme mystique
Et l’élèvent au plan, grand et mystérieux
— 62 —
De l’absolue sagesse, divine et éternelle
Dont l’unité comptable est toute en négations
Constituée, offrant en consolation
Aux âmes éprouvées l’action passionnelle
— 63 —
Le vide ainsi laissé se crée à un fort prix
Celui de la souffrance librement assumée
Que seule la vertu parvient à sublimer
Et impressionner les magnifiques esprits
— 64 —
Car n’est-ce pas ainsi que se puisse rédimer
Les bassesses et les pusillanimités
Qui sont à la racine de tant d’infirmités
Dont l’abomination ne saurait s’exprimer
— 65 —
Quelle fut implacable la séparation
Et cruel le chagrin qui d’elle s’ensuivit
L’honneur fut grand, n’est-ce pas, qui redonna la vie
À l’âme qui, toujours, risquait sa privation
Plérôme
mardi 14 février 2017
mardi 22 décembre 2015
De toutes les colombes ...
Les Fêtes 2015-2016
LE SACRIFICE D’IPHIGÉNIE
— 1 —
De toutes les colombes, elle était la plus belle
Les étoiles dansaient au rythme de la joie
Qui dans les cœurs naissait des simples villageois
De bonheur transportés remerciant le Ciel
— 2 —
Qui les bénissait tant et tant et plus encore
D’ainsi avoir souri sur leur humble hameau
Et confié le sort de paysans normaux
À l’harmonie d’une âme aux si puissants accords
— 3 —
C’était la grâce même lorsqu’elle déambulait
Toute enfant qu’elle était sur les étroits sentiers
Qui menaient l’un et l’autre aux prés ensoleillés
Où gamins papillons au hasard sautillaient
— 4 —
Elle était sans souci comme on l’est à cet âge
Où l’innocence est reine et anoblit les cœurs
Et riante pureté fait oublier les heures
Allant jusqu’à tenir les Parques en otage
— 5 —
On ne sait trop au juste d’où elle était venue
Les poètes racontent qu’Agamemnon son père
L’eut de sa noble épouse, Clytemnestre, sa mère
Que nulle enfant, plus qu’elle, ne fut la bienvenue
— 6 —
D’autres rumeurs encore racontent que Thésée
S’étant épris d’amour pour la très belle Hélène
Qui fut sans contredit la plus belle des Hellènes
Et que l’idylle donna cette présence élysée
— 7 —
Mais sa sœur Clytemnestre de charité éprise
Cherchant à éviter le terrible scandale
Qui même en ce temps-là païen et féodal
Aurait terni le nom de la sublime prise
— 8 —
Mais que pouvaient valoir ces vulgaires ragots
Qui des lèvres impures font l’éphémère joie
Éros l’avait conçue, quel qu’en serait l’émoi
Pour troubler la conscience de quelque virago
— 9 —
Zeus ne pouvait être de sa fillette plus fière
Quelle qu’en serait de Héra la sombre opinion
Car ce fut en secret qu’eut lieu la réunion
Qui ferait de Léda une heureuse grand-mère
— 10 —
Ni Tyndare accueillir avec indifférence
L’agréable nouvelle qui le faisait aïeul
Garante des vieux jours qui ne le laisseraient seul
Transformant en doux chants joies et cris de l’enfance
— 11 —
Elles croissaient en beauté, la maman et la tante
Sous le radieux soleil de l’ascétique Sparte
Qu’un jour convoiteraient les trop militants Parthes
Dans un lointain futur, sans qu’elles en fussent conscientes
— 12 —
Mais le vice comme toujours assombrit l’horizon
Qui l’âme promenait de belles joies en gaieté
Qui promettait aux cœurs un éternel été
Sans jamais requérir la chaleur des tisons
— 13 —
C’est la fièvre de l’or qui le bonheur tua
D’une heureuse famille à qui tout souriait
Car au loin un royaume de tous les feux brillait
D’une grande richesse qu’il se constitua
— 14 —
C’est une terre bénie aux confins de la terre
La clef d’une route ouvrant sur des mers inconnues
Sur elle convergeaient les denrées bienvenues
Qu’apportent les marchands parcourant l’univers
— 15 —
Agamemnon régnait à la tête d’un empire
Disputant au Phénix les flots tempestueux
Méditerranéens, aux sillons tortueux
Qui pour prix de l’effort ne consent que soupirs
— 16 —
Ains au-delà des mers de la Cité troyenne
Existait un pays, ou dix, ou vingt, ou mille
Qui pourraient devenir clients ou proies faciles
De ses flottes armées et préhistoriennes
— 17 —
La légende nous dit bien que les Divinités
Promirent à Pâris, prince chez les Troyens
Contre un franc jugement très peu salomonien
La main en mariage d’une exquise beauté
— 18 —
Veuillez, nobles lecteurs gracieux, nous épargner
De faire ce récit autrefois moult conté
D’une pomme d’envie par la Discorde jetée
Aux pieds de trois Déesses qui la veulent toutes gagner
— 19 —
Il suffit simplement de savoir qu’Aphrodite
Heureuse d’apprendre qu’elle était la plus belle
Offrit au rejeton de Priam, ce rebelle
La prodigue largesse que plus haut avons dite
— 20 —
Ainsi furent réunies les causes qui menèrent
Au plus géant conflit des annales anciennes
Qui virent s’affronter forces grecques et troyennes
Et qui en des combats furieux culminèrent
— 21 —
Les notables de Troie ignorant tout du pacte
Que la mère d’Éros fit avec Alexandre
Sommèrent le jeune prince d’auprès Mycènes se rendre
Afin de prévenir navrant passage à l’acte
— 22 —
Car ils avaient ouï dire qu’en contrée achéenne
Couvaient sombres desseins visant à s’emparer
Un jour de leur trésor et même de la contrée
D’où Ilion tirait les richesses troyennes
— 23 —
Par de riches présents, de larges concessions
Peut-être pourrait-il, Pâris, l’ambassadeur
Convaincre Agamemnon du mutuel malheur
Qui procéderait hélas de l’exécution
— 24 —
De desseins belliqueux, si loin de la patrie
Contre la bienveillance d’alliés naturels
Qui se défendaient bien de leur chercher querelle
En gage de paix offrant commerce et industrie
— 25 —
La branche d’olivier qui ainsi fut tendue
À ces fougueux guerriers avides de butin
Ne put que les convaincre du bien faible instinct
Qu’en vérité cachait cette main étendue
— 26 —
Ainsi à ces amis qui offraient en partage
La réciprocité d’échanges pacifiques
Le cœur avare des Chefs endurcis et iniques
Dicte la prise de corps et les tient en otage
— 27 —
Ô! vilenie humaine, ô! imprudents désirs
Qui, pour complaire aux sens, ignorez la sagesse
Lui préférant en lieu la passion traîtresse
Au bonheur éternel l’éphémère plaisir
— 28 —
Ne savez-vous donc pas que de toutes ses lois
Zeus un jour a prescrit, oui, l’hospitalité
Comme un devoir sacré qu’est bien habilité
L’honnête voyageur à requérir du roi
— 29 —
Mais rien de tout cela n’échappa au regard
De la noble et tendre Hélène qui en fut dégoûtée
Car elle qui craignait Dieu et voyait sa bonté
Pouvait-elle ignorer un tel hybris hagard ?
— 30 —
D’autant que son cœur avait pu contempler
Les traits bienveillants du prince prisonnier
Qu’elle ne pouvait au nom de la race nier
Et à l’amour duquel elle se sentait appelée
— 31 —
Ainsi s’accomplissait l’ishtarienne prophétie
En même temps qu’un destin qui liait à jamais
Le sort de deux peuples dont l’amitié désormais
Se métamorphosait en noires péripéties
— 32 —
Défiant son papa, le fier Agamemnon
Outrageant son mari, le hautain Ménélaus
Elle entraîna Pâris, libéré, vers les causses
Et, de là, vers les nefs dont on voit les pennons
— 33 —
Ains le cœur de la belle qu’animait la justice
D’un autre rythme battait, et tout d’amour vibrant
Qui emporte les têtes vers tous les orients
Suscitant les ires en désirant l’armistice
— 34 —
Ni le père, ni le frère ne purent décolérer
En apprenant qu’Hélène avec Pâris s’est enfuie
Comment ont-ils pu être ainsi éconduits
Par celle qu’un sang porte à tant considérer
— 35 —
Et voilà qu’ayant trompé à Zeus la foi jurée
Ils se voient à leur tour par Astarté joués
Mais refusant pourtant d’être ainsi déjoués
Ils poursuivront les amants pour les capturer
— 36 —
La flotte qu’ils arment ne connaîtra pas d’égale
Les voiles innombrables se donnent rendez-vous
Et, au large des côtes, demeurent au garde-à-vous
Les vents étant chiches et l’entreprise illégale
— 37 —
En effet, le roi Zeus qui sur les hauteurs trône
Ne saurait cautionner ce qui ja ! porte affront
À l’ordre divin qui est issu de son front
Ainsi contrecarrant des mesures félonnes
— 38 —
Ne sachant inspirer aux deux frères monarques
La saine intelligence de leur transgression
Il leur fait révéler par le devin d’Apollon
Le motif qui imprime au destin cette marque
— 39 —
Ainsi, souhaitait-il, le père et roi des Dieux
Que les frères guerriers et leurs confrères en armes
Sursissent à leurs actions et versassent des larmes
En demandant pardon de leur projet odieux
— 40 —
Ainsi un cœur aveuglé de haine et de malice
Encouragé en cela par des vouloirs complices
Ne sut trouver en soi la salutaire police
Qui les eût empêchés de vider le calice
— 41 —
Lorsque l’anax apprit ce dont Zeus l’accusait
D’avoir un jour chassé la biche d’Artémis
Et le prix — un horrible et sanglant sacrifice —
Que commande à l’auteur de ce sérieux forfait
— 42 —
Il ne pouvait savoir que cette exorbitance
Devait atténuer son orgueil débordant
Et contrer le dessein d’un cœur trop ardent
Qui de l’immense empire ferait taire l’existence
— 43 —
Mais rien ne l’arrêta, ni même la nouvelle
Que le prix exigé pour des vents favorables
Serait ce sang versé, d’une enfant adorable
Sa propre petite fille, Iphigénie la belle
— 44 —
Était-ce le devoir qui commandait à lui
Le grand, le brave, le courageux Agamemnon
Lorsque le clairvoyant Chalcas au mille noms
Lui fit dresser l’autel et accumuler le buis
— 45 —
Ou était-ce un retour aux violences ataviques
Dont s’était départi dans sa marche pénible
Vers la civilité devenue accessible
Après un long parcours historique et civique
— 46 —
L’homme qui maintenant goûtait aux purs délices
De mœurs polies et sages, de tendresse imprégnées
Car elles s’abreuvaient, et elle étaient baignées
Aux sources de l’amour comme à l’azur des lys
— 47 —
Le couteau descendit sur l’innocente victime
Qui, d’un regard confiant, transperçait le cohen
D’un amour pénétrant excluant toute haine
Exprimant de l’enfant l’ultime et vaste estime
— 48 —
La multitude des cœurs cessèrent à l’unisson
De battre leur cadence, d’exhaler leur soupir
Ils commandèrent aux têtes d’ensemble s’assoupir
Et demeurèrent figés par un géant frisson
— 49 —
Une légende veut qu’au tout dernier moment
La déesse Artémis, comme Dieu au Patriarche
Offrit une génisse pour symboliser l’arche
D’une alliance ressoudée, dure comme diamant
— 50 —
Alors à ce moment où tout semble finir
Et le temps s’arrêter comme en la fin du monde
Un vent propice s’élève et repousse les ondes
Iphigénie sourit et fait Sol resplendir
Plérôme
jeudi 9 janvier 2014
Quel hymne à notre amour ...
Les Fêtes 2013-2014
— 1 —
Quel hymne à notre amour chanteront les aèdes
Les douces mélodies seront-elles gaies ou tristes
Sauront-elles inspirer les vers des scénaristes
Animer les soirées des campements près des oueds
— 2 —
Quelles histoires seront par elles racontées
Chanteront-elles l’amour inépuisable et tendre
Qu’un Ciel généreux en nos âmes engendre
Répandant sur nos cœurs ses suaves bontés
— 3 —
Ou bien pleureront-elles les drames inexplicables
Nés d’étoiles contraires en lutte dans les cieux
Opposant aux espoirs les plus sains et gracieux
Les déceptions arides d’un destin inscrutable
— 4 —
Évoqueront-elles le sort du pur et noble Abel
Que Dieu favorisa en lui donnant sa sœur
Pour compagne fidèle et reine de son cœur
Mais au grand déplaisir de son frère rebelle
— 5 —
Il se voyaient déjà, d’une gaie ribambelle
Enjouée, entourés, confirmant leur bonheur
D’être ainsi, l’un à l’autre, d’une vivante ardeur
Le germe d’une tige rayonnant en ombelle
— 6 —
Remémoreront-elles l’amoureux Adonis
Épris de la déesse aux charmes invincibles
Et qui lui fut ravi lorsqu’il devint la cible
D’un sanglier farouche foulant le vert anis
— 7 —
La larme que versa Aphrodite éplorée
Épousa le rubis d’un sang trop tôt versé
Consolant le chagrin d’une âme transpercée
Par la perte cruelle de l’éphèbe adoré
— 8 —
Commémoreront-elles le triste Dummuzi
Qui, s’étant réjoui de retrouver vivante
Son épouse Inanna, des Enfers survivante
Fut par elle contraint d’abjurer l’ambroisie
— 9 —
Le deuil et le chagrin étaient certes de mise
Pour un mari blessé, rendu inconsolable
Par une perte abyssale, à nulle comparable
Mais qui pourrait gémir, de revoir sa promise ?
— 10 —
Songeront-elles alors à la constante Isis
Qui chercha son époux jusqu’en terre étrangère
Attristée comme elle fut, la fidèle bergère
Qu’il succombât ainsi au retors exercice
— 11 —
D’un mari dévoré d’inexpiable haine
Envers son doux amant, innocent en son âme
Coupable seulement d’avoir été sans blâme
Lorsqu’il aima Nephtys, comme si elle était sienne
— 12 —
Se souviendront-elles du Rāma malheureux
Un authentique Prince, Héritier légitime
Mais de sa belle-mère, récoltant peu l’estime
Et qui, triste exilé, trouva fort onéreux
— 13 —
Qu’on lui ravît Sita, son épouse chérie
Mais il n’hésita guère à voyager au loin
Du bout de son épée, réclamer son conjoint
Et du coup accéda à la royale pairie
— 14 —
Se rappelleront-elles des cœurs en communion
De l’avatar Krishna, de Rhada l’adorée
Dont l’éternel amour, d’une lumière dorée
Était baigné toujours dans leur parfaite union
— 15 —
C’est un destin cruel qui mit fin à leur rêve
Une bête méprise n’offrant aucun pardon
Dépêcha notre amant d’une flèche au tendon
Vers la béatitude d’un nirvâna sans trêve
— 16 —
Ou bien raconteront-elles le récit édifiant
D’une femme fidèle qu’aucune tentation
Détourna de la ferme et pieuse résolution
D’être de leur amour l’exemple vivifiant
— 17 —
Qui ne saurait voir là l’éloquent témoignage
De rusée Pénélope, noble, sage et très belle
Éconduisant l’amant par un tissage éternel
Que la nef d’Odyssée gagne Ithaque à la nage
— 18 —
Peuvent-elles oublier, ou passer sous silence
Le grand amour d’Orphée et la désolation
De contempler l’abîme que nulle adulation
Ne parvient à combler, quelle qu’en fût l’excellence
— 19 —
Eurydice si belle était plus qu’une fée
Car elle était son ange, bien plus sa destinée
Qu’un très horrible sort s’est montré obstiné
À transformer son âme en désert assoiffé
— 20 —
Mentionneront-elles le fidèle hyménée
Du sage et brave Ali, de Fatima la douce
Béni au Ciel par Dieu (qu’Il soit loué de tous)
Leur amour éternel, des hommes ovationné
— 21 —
Courageux dans la peine, redoublant de piété
Lorsque les dures épreuves secouaient les parois
De l’humble pavillon, du chaleureux endroit
Où virent le jour leurs dons à la société
— 22 —
Diront-elles quelque chose du bien triste mariage
De deux amants secrets, de l’un à l’autre promis
Qu’une haine des pères force à l’antinomie
De cœurs voués à s’aimer au-delà de tout âge
— 23 —
L’idée seule du trépas de son si cher amour
Suffit à Roméo pour qu’il quitte la vie
Son âme destinée à vivre inassouvie
Julie le cherchera dans l’Au-delà toujours
— 24 —
Conteront-elles le drame d’une triste passion
Qui maria le clerc et sa chaste disciple
Et puis les promena de périple en périple
Exigeant d’Abélard l’ultime abnégation
— 25 —
Le désir d’Héloïse, étant pur et sans faille
Elle suivra son amant jusque dans la disgrâce
Car elle savait bien que l’amour et la grâce
Sont les fermes piliers d’heureuses épousailles
— 26 —
Elles ne songeront pas à la dissymétrie
Qui ja rendit la Bête, difforme par nature
Amoureux d’une Belle à l’aimable figure
Mais aussi le voua à pieuse idolâtrie
— 27 —
Qui vit Quasimodo, au risque de sa vie
Esméralda tirer du funeste complot
Sans espoir qu’elle sût quel était le dur lot
D’une passion secrète, toujours inassouvie
— 28 —
Comme elles n’oseront croire que l’amour enfantin
D’un frère pour sa sœur fût devenu profond
Au point qu’il remua, cela jusqu’aux tréfonds
Le désir de la suivre dans l’Au-delà lointain
— 29 —
Il se nommait Gavroche, et elle Éponine
Comme il en admira l’amour pur et gratuit
Qui la fit arrêter le coup de feu fortuit
Lequel visa l’amant d’une balle coquine
— 30 —
Aucune de ces histoires, ou peut-être encore toutes
Sauront les mélodies des troubadours tirer
Car que peut le trouvère uniment soutirer
Des pieuses confidences que le silence écoute
— 31 —
Seul, il est le témoin de l’ineffable drame
Qui préside au destin que commande le Ciel
D’aucunement céder aux rêves artificiels
Et de réaliser le divin amalgame
— 32 —
Par lequel sont promis, sans tour ni artifice
Deux âmes assorties de toute éternité
Vouées à découvrir la sublime unité
Qui est de toute vie le sublime édifice
— 33 —
L’une à l’autre dédiées par la Bonté Suprême
De l’Auteur bienveillant de cette Création
Dont le désir ultime, d’aucune abrogation
Ne souffre, car Il sait que leur essence même
— 34 —
Les font se rechercher contre vents et marées
Souvent même à l’insu des préoccupations
Qui momentanément captent leurs dévotions
Et voilent à la conscience leur cœur désemparé
— 35 —
Le mystère est entier, défiant la logique
Par lequel ces deux vies, de liberté douées
Pourraient être au bonheur sans partage vouées
En vertu d’un dessein, oui ! téléologique
— 36 —
Et pourtant tel il est — et vrai sans en douter
Qui s’associe les cœurs et cela sans brimer
Les plus profonds désirs à vouloir exprimer
Avecque leur nature la spontanéité
— 37 —
Qui à la source puise, intarissable et pure
De ce qui toujours fut, et qui toujours sera
Ayant porté un jour, et toujours portera
Le sceau de l’Infini, réel, sans imposture
— 38 —
Aucun poème donc ne peut de nous chanter
Ce qui de notre avenir n’est pas encore écrit
Car rien de ce futur, non rien ne fut prescrit
Car tout encore de nous reste à être inventé
— 39 —
Mais le secret est lourd qui transporte en son sein
Chaque moment précis d’un espoir qui se vit
Comme réalisant l’acmé de nos deux vies
Puisque de l’Absolu est empreint de son seing
— 40 —
Alors que fatigué, désolé et meurtri
Le cœur, sincère pourtant, la promesse accomplit
De se garder pour celle qui son âme remplit
Devant n’être pour elle que les pleurs d’un esprit
Plérôme
samedi 10 novembre 2012
Souvenez-vous amour ...
JOUR DU SOUVENIR 2012
Devant une pierre tombale
commémorant la Guerre de Vendée (1793-1800)
et arborant l'épitaphe
«Souvenez-vous des jours d'autrefois»
— 1 —
Souvenez-vous, amour, des jours jadis heureux
Dont la félicité, la tranquille euphorie
Berçait nos plus doux rêves et fantasmagories
Peuplant chaque moment de souvenirs nombreux
— 2 —
C’était à une époque où tout était permis
Où nos cœurs enflammés d’amour s’entrelaçaient
Comme si l’éternité ses bornes repoussait
Afin que s’accomplît ce que la vie promit
— 3 —
C’était au temps lointain mais non pas oublié
De ces âmes limpides, blanches, immaculées
Dont les purs idéaux ne sont mie bousculés
Ni par regards hautains, ni par fiel délié
— 4 —
C’était en ces grands jours qui nourrissent nos songes
Où ne se cherchait plus la divine unité
Car tous avaient trouvé l’unique affinité
Née dès son origine libre de tout mensonge
— 5 —
Et ce toi qui est moi et ce moi qui est toi
Se savaient toujours tels, de plus pleinement libres
Désireux l’un de l’autre du meilleur équilibre
Qui les réalisât dans la plus haute joie
— 6 —
Deux êtres si distincts ne se furent rencontrés
Jamais en deux cents ans, ni en un millénaire
Car nous étions chacun nullement lacunaires
Du genre que le Père commanda d’illustrer
— 7 —
Et pourtant Il nous fit comme si nous ne pouvions
Nous considérer ja entièrement accomplis
Que si de l’un de l’autre étions bien remplis
Et à l’idée sublime ensemble pourvoyions
— 8 —
Homme et femme nous sommes jusqu’aux confins de l’âme
C’est un mystère qui fit que dut naître l’union
Que nos vies furent appelées vers la communion
Qui des deux qu’elles sont a produit une flamme
— 9 —
Un bénigne destin apprêta le brasier
Que nos mains allumèrent, joyeuses, déliées
Heureux qu’ainsi la vie nous eût voulu allier
Qu’aujourd’hui le bonheur nous daigna extasier
— 10 —
La haute Volonté sagement décréta
Que viendrait compléter un état accompli
La présence ineffable jusqu’aux combles remplie
Ce qui était le plus excellent des états
— 11 —
C’était avant le jour où l’on put découvrir
Que, sans se mélanger, les regards se miraient
Se renvoyant l’image qui comme deux portraits
Vis-à-vis suffisants, peu dispos à s’ouvrir
— 12 —
Le don fut sans réserve, entier et mutuel
Terre et mer se sont joints, en ce plus beau des jours
Nul mot n’entérina que c’était pour toujours
Le sceau de la promesse se sachant éternel
— 13 —
Nos cœurs comme deux cours spontanément confluent
Entraînés par l’élan dès avant l’origine
Se découvrant soudain comme étant androgynes
Réalisation néanmoins superflue
— 14 —
La vertu de l’amour, de l’être le silence
Comblait de plénitude, heureuse et très sereine
La moindre des pensées de nos cœurs en haleine
Les tient, éveillés, de vive vigilance
— 15 —
Si contents que la vie les ait favorisés
Ainsi que ne le sont les anges en Paradis
Sans connaître jamais les sombres perfidies
Les tristes infamies qui les font mépriser
— 16 —
C’était l’orée des jours en lesquels chaque nuit
Est pour les doux amants gage de quiétude
En laquelle ils échangent sans calcul ni étude
Leurs serments solennels vers l’heure de minuit
— 17 —
C’était les temps avant celui que l’on sait
Où les mots prononcés offrent belles façades
Où les hautes promesses aboutissent aux passades
Témoins que le désir l’amour profond faussait
— 18 —
Elle semble lointaine l’ère où naquit l’amour
Tellement qu’il sombra au mitan de l’oubli
Que viennent hélas voiler les grands ordres établis
Et que pressent le cœur des tendres troubadours
— 19 —
Parfois n’en restera pour preuve ou évidence
Qu’une vague nostalgie laissant insatisfaite
L’âme qui vaillamment s’est hissée jusqu’au faîte
D’un concours effréné conférant l’ascendance
— 20 —
Qui au lieu de trouver pleine satiété
Au bout de la constance, en couronnant l’effort
De fermes volontés, d’esprits solides et forts
Cherche l’âme évasive qui vienne la compléter
— 21 —
N’auriez-vous donc senti en vous comme le semblant
D’un vague souvenir, imparable, ingénu
De vous être trouvée en présence connue
Mais d’un autre passé et d’un ailleurs troublant
— 22 —
Peut-être hélas ! n’était-ce après tout qu’illusion
De vous penser issue d’un hier occulté
Par mil et un reflets nommés réalité
Et qui serait pour nous source de confusion
— 23 —
Mais d’où proviendrait l’acharnée nostalgie
Narguant le souvenir, défiant la mémoire
Sans que votre présence elle ne laisse entrevoir
Parmi toutes les traces, ses fidèles effigies
— 24 —
Qui le peuplent depuis le moment où s’ouvrirent
Mes yeux à la lumière de la présente vie
Sans qu’aucune occasion ne laissa assouvie
Cette intime espérance de pouvoir vous chérir
— 25 —
Peut-on si fort aimer qui l’on n’a jamais vue
Comme si de l’émoi un germe fût semé
Qui avant toute idée saurait bien qui aimer
De votre unique sceau, Éros l’ayant pourvue
— 26 —
Mais cette énigme donc se double de mystère
Car ce qui avec soi naît privé de passé
Ne saurait par l’oubli l’âme bouleverser
Quand la réminiscence produit son ministère
— 27 —
Et même si, en naissant, l’âme porte en son sein
L’exacte ressemblance qui nous est destinée
Sans antériorité pour la prédestiner
Qui nierait la visée du Dieu trois fois saint ?
— 28 —
Se révélant à nous dans l’élan mutuel
De cœurs entrelacés ou souhaitant le devenir
Spontanément flambant du même ardent désir
Qu’un jour nous rendrions ce beau songe actuel
— 29 —
Mais d’où viendrait alors, amour, le sentiment
De vous avoir un jour en un ailleurs connue
Surgie d’un autre temps vous avoir reconnue
Vous seule suscitant un tel assentiment
— 30 —
De vous avoir alors de tout mon cœur aimée
En daignant espérer qu’en retour me chérîtes
Et que non jamais plus deviendront contrites
Nos âmes esseulées d’en silence s’aimer
Plérôme
mardi 18 octobre 2011
Dès avant tout début ...
— 1 —
Dès avant tout début, toute époque, tout âge
L’esprit libre et heureux des mil-et-un matins
Le cœur pur et joyeux des lumineux satins
Sont par déjà pourvus du sublime héritage
— 2 —
Tel est le précieux gage de nos vies enlacées
Avant toute espérance, avant même le savoir
Vibrant au sentiment qui ne se laissait voir
Qui unissait serein, nos cœurs entrelacés
— 3 —
Qu’il est grand le mystère qui nous connut amants
Avant même la vie, même avant la nature
Qui tissait, de ses fils, l’invisible armature
D’une destinée vraie, libre éternellement
— 4 —
L’amour est illusion, diront certains esprits
Ce qui compte est la vie, des besoins, des désirs
Celle qui se reflète, en aises et plaisirs
Car elle seule échappe aux pièges des tromperies
— 5 —
Si ainsi ils ignorent le haut pouvoir du germe
Sis au creux de leur sein, de bonnes âmes choisies
C’est qu’ils n’ont pas encore, goûté à l’ambroisie
La liqueur éthérée, dont les sens sont le terme
— 6 —
Mais vous, mon tendre amour, qui savez les secrets
Qui ne sauriez nier, ce qui est la raison
De songes transportés par vives oraisons
N’oseriez sacrifier à un cours indiscret
— 7 —
Ce qui sied au cœur même de votre être accompli
Sans vous être laissée, un instant fugitif
Aveuglée par l’attrait, miroitant, primitif
D’opulentes promesses, d’espoirs inaccomplis
— 8 —
Est-il un bien meilleur que le plus grand de tous
Que celui qui, du Ciel, baigne de sa rosée
Pure et lénifiante deux cœurs vrais, disposés
À vivre le bonheur d’une joie calme et douce
— 9 —
Pourtant, ils sont nombreux les pièges tendus
Qui nous font oublier quelle serait la voie
Des aurores infinis auxquels, sûrs, nous envoient
Les promesses tenues aux cours inattendus
— 10 —
Quel est donc le regard qui en découvrira
Pour nous, ja, le tracé aux dix mil embouchures
Qui forment le contour des sublimes aventures
Que l’éternel amour, pour nous, entrouvrira
— 11 —
Nul autre que celui qui, au fond de nos cœurs
Minuscule semence aux horizons osés
Nourrie par Déméter, par Hyétios arrosée
Des rayons d’Apollon recevant la vigueur
— 12 —
Telle une frêle tige, de la glèbe sortie
Cet humble rejeton, au passé ambigu
Reconnaît peu à peu les aires exigus
Pour tendre vers le ciel sa ramure assortie
— 13 —
Infini, il découvre, et le haut, et le loin
De tout ce qui unit, de tout ce qui déchire
Pour de çà conserver ce qui vient enrichir
Nos vies inextricables, en assurant le soin
— 14 —
Mais surtout il épuise, sans jamais le vider
Le fonds si profond, mystérieux, immense
Qui nourrit nos deux cœurs: fine, éthérée substance
Dont l’amour est la seule, inexprimable idée
— 15 —
De deux êtres complets, sur la voie engagée
De la vie qui se sait enthousiaste et pleine
Sa splendeur rayonnant sur les plus vastes plaines
Joyeuse et tendre brise, de haine dégagée
— 16 —
Elle exige d’être uns, sans défaut, ni partage
Sans nier toutefois la vraie unicité
De ceux qui, sur sa force, bâtissent la cité
D’un bonheur florissant, illimité, sans âge
— 17 —
Son sceau est la justice, son parfum la bonté
Qui unit les amants, leurs actes, leurs visées
Qui ne saurait leur cœur autrement diviser
Qu’en ayant de l’amour plus haute volonté
— 18 —
Sa danse est le désir, d’être ensemble et toujours
Son pas est de marcher, parfois séparément
Et tant et tant de fois qu’en dictent aux amants
Toutes les occasions, et en chacun des jours
— 19 —
D’exprimer cet élan auprès de tout autrui
D’un amour vivifiant, sincère et chaleureux
Qui ne réussit bien qu’à faire des heureux
Sans pour autant trahir la source qui l’instruit
— 20 —
Adoncque mon amour, mon cœur, âme, et mie
Que se savent les noms, les sons, les mélodies
Des chants qu’annulerait nulle palinodie
Retrouvons l’état pur, par quoi nous sommes promis
Plérôme
mardi 22 mars 2011
Une chose seulement ...
PRINTEMPS 2011
— 1 —
Une chose seulement vous offrais Eurydice
Je la portais en moi depuis des millénaires
Parmi mille secrets, fragiles luminaires
Il y en avait un, témoin des temps jadis
— 2 —
Il logeait au silence de tréfonds inconnus
Seul un écho du vide en trahit la présence
Un vague lancinant qui révèle une absence
Dont je ne savais dire d’où elle était venue
— 3 —
En moi il suscitait le besoin d’une quête
Qui viendrait par miracle combler un creux tenace
Mais où la commencer ? En quel lieu, quelle place ?
C’était déjà savoir l’objet de mon enquête
— 4 —
Le seul indice pourtant qui me narguait l'esprit
Une impression informe et indéfinissable
Ne révélait personne qui soit identifiable
Seulement un désir, de surcroît incompris
— 5 —
Quel était cet écran, qui tel un blanc linceul
Coupait l’arrière-scène de l’action antérieure
Comme si l’expérience sans passé fondateur
Est le gage d’un présent qui n’existe que seul
— 6 —
Comme si l’éternité à l’instant est réduite
Comme si l’avenir est déjà bien réel
Malgré qu’aucun moment, sans qu’il leur fît appel
Aux autres succédaient et ne se nommât fuite
— 7 —
Le choc dût être grand qui de vous effaça
Tout souvenir d’un nom, d’un être, d’un visage
Et lui laissa en lieu un vague profilage
Une ombre diaphane, hélas, le remplaça
— 8 —
Je parcourus les âges et, du fond de mon âme
Mon cœur était porté vers l’être de l’étoile
Chaste, pure et limpide qui transperce le voile
Sombre des nuits noires, sièges des plus grands drames
— 9 —
Que d’aventures courues, que d’obstacles franchis
Que de vies parcourues, et les longues et les courtes
Y songeant à rebours, du sage œil de la tourte
C’est comme si j’en étais, d’hier juste affranchi
— 10 —
Et pourtant logé là, dans l’intimité même
De ces péripéties qui éprouvaient ma foi
Et me revivifiaient en m’opposant leurs lois
Il y avait la lueur d’un grand amour suprême
— 11 —
D’un amour qui était, non pas l’interruption
De vies ja palpitantes et d’obstacles replètes
Non plus encore le gage que désormais complète
Cette humble personne en aurait la ration
— 12 —
C’était l’amour tué, dont la fine étincelle
Refusait de mourir, tellement il est puissant
Qui fort de cette foi, laquelle va en croissant
Se renouvelle en attente de sa tendre pucelle
— 13 —
C’était l’amour blessé aux cuisantes souffrances
Qui côtoie les mirages pour en rouvrir la plaie
En laissant espérer, oui, au bonheur complet
Qui viendrait apporter du mal la délivrance
— 14 —
Combien de fois fûtes-vous aux confins de mes doigts
Désormais accessible, du moins ce le semblait
Mais jamais entièrement, car un pâle reflet
Son ombre substitue à celle qui est ma joie
— 15 —
Le rêve s’est construit sur des milliers d’éons
En lesquels s’exerça le sublime Sculpteur
Non heureux seulement d’avoir été l’Auteur
D’œuvres dont la facture inspire les panthéons
— 16 —
Un jour imagina — et fit surgir de rien
Celle qui couronnerait toute sa création
Émerveillant même ceux qu’aucune admiration
Ne saurait émouvoir, puisque de purs terriens
— 17 —
Elle était tout d’esprit, de cœur et d’âme pétrie
Vibrant à l’unisson d’une harmonie céleste
Infusée de bonheur, d’une liberté preste
De deux joies elle faisait une joie sans rescrit
— 18 —
C’était à une époque aujourd’hui oubliée
Et que rappelle encore, souvent à leur insu
Le sentiment profond, spontanément issu
De cœurs entrelacés, par leur amour liés
— 19 —
Certains en parlent encore comme d’une aberration
Mais elle était alors la plus sublime des choses
Étant de deux amants l’ultime apothéose
Plutôt que de la vie la trop triste exception
— 20 —
C’est à l’âge où la terre vivait selon la loi
De Vénus et d’Éros, en parfaite harmonie
La mélodie des cœurs rythmant la symphonie
De vies unifiées, vibrant à une foi
— 21 —
Cet âge magnifique inspirait les passions
De tous et de chacun dans le jardin d’Éden
Partout régnait la paix, nulle émotion soudaine
N’y sèmerait le trouble, l’émoi, l’agitation
— 22 —
Et pourtant un état, oui ! y trônait suprême
Prenant de l’amitié et de l’amour l’aspect
Unissant deux par deux, les couvrant de leur paix
Certaines âmes choisies par un secret barême
— 23 —
Tantôt pour donner corps au vaste et grand projet
Dont la communauté serait l’usufruitière
Et tantôt pour peupler de vies primesautières
Les foyers, les contrées d’admirables rejets
— 24 —
Seule comptait pour elles la vie pleine et entière
Celle qu’elles éprouvaient, qu’entre elles partageaient
Que nul ressentiment, ni haine n’abrégeait
Une vie abondante en joies et en mystères
— 25 —
Telle était donc cet âge où nos cœurs se lièrent
Pour prêter le serment devant l’Éternité
D’une constante foi, pure fidélité
Car du plus grand amour nos deux âmes s’aimèrent
Plérôme
— 1 —
Une chose seulement vous offrais Eurydice
Je la portais en moi depuis des millénaires
Parmi mille secrets, fragiles luminaires
Il y en avait un, témoin des temps jadis
— 2 —
Il logeait au silence de tréfonds inconnus
Seul un écho du vide en trahit la présence
Un vague lancinant qui révèle une absence
Dont je ne savais dire d’où elle était venue
— 3 —
En moi il suscitait le besoin d’une quête
Qui viendrait par miracle combler un creux tenace
Mais où la commencer ? En quel lieu, quelle place ?
C’était déjà savoir l’objet de mon enquête
— 4 —
Le seul indice pourtant qui me narguait l'esprit
Une impression informe et indéfinissable
Ne révélait personne qui soit identifiable
Seulement un désir, de surcroît incompris
— 5 —
Quel était cet écran, qui tel un blanc linceul
Coupait l’arrière-scène de l’action antérieure
Comme si l’expérience sans passé fondateur
Est le gage d’un présent qui n’existe que seul
— 6 —
Comme si l’éternité à l’instant est réduite
Comme si l’avenir est déjà bien réel
Malgré qu’aucun moment, sans qu’il leur fît appel
Aux autres succédaient et ne se nommât fuite
— 7 —
Le choc dût être grand qui de vous effaça
Tout souvenir d’un nom, d’un être, d’un visage
Et lui laissa en lieu un vague profilage
Une ombre diaphane, hélas, le remplaça
— 8 —
Je parcourus les âges et, du fond de mon âme
Mon cœur était porté vers l’être de l’étoile
Chaste, pure et limpide qui transperce le voile
Sombre des nuits noires, sièges des plus grands drames
— 9 —
Que d’aventures courues, que d’obstacles franchis
Que de vies parcourues, et les longues et les courtes
Y songeant à rebours, du sage œil de la tourte
C’est comme si j’en étais, d’hier juste affranchi
— 10 —
Et pourtant logé là, dans l’intimité même
De ces péripéties qui éprouvaient ma foi
Et me revivifiaient en m’opposant leurs lois
Il y avait la lueur d’un grand amour suprême
— 11 —
D’un amour qui était, non pas l’interruption
De vies ja palpitantes et d’obstacles replètes
Non plus encore le gage que désormais complète
Cette humble personne en aurait la ration
— 12 —
C’était l’amour tué, dont la fine étincelle
Refusait de mourir, tellement il est puissant
Qui fort de cette foi, laquelle va en croissant
Se renouvelle en attente de sa tendre pucelle
— 13 —
C’était l’amour blessé aux cuisantes souffrances
Qui côtoie les mirages pour en rouvrir la plaie
En laissant espérer, oui, au bonheur complet
Qui viendrait apporter du mal la délivrance
— 14 —
Combien de fois fûtes-vous aux confins de mes doigts
Désormais accessible, du moins ce le semblait
Mais jamais entièrement, car un pâle reflet
Son ombre substitue à celle qui est ma joie
— 15 —
Le rêve s’est construit sur des milliers d’éons
En lesquels s’exerça le sublime Sculpteur
Non heureux seulement d’avoir été l’Auteur
D’œuvres dont la facture inspire les panthéons
— 16 —
Un jour imagina — et fit surgir de rien
Celle qui couronnerait toute sa création
Émerveillant même ceux qu’aucune admiration
Ne saurait émouvoir, puisque de purs terriens
— 17 —
Elle était tout d’esprit, de cœur et d’âme pétrie
Vibrant à l’unisson d’une harmonie céleste
Infusée de bonheur, d’une liberté preste
De deux joies elle faisait une joie sans rescrit
— 18 —
C’était à une époque aujourd’hui oubliée
Et que rappelle encore, souvent à leur insu
Le sentiment profond, spontanément issu
De cœurs entrelacés, par leur amour liés
— 19 —
Certains en parlent encore comme d’une aberration
Mais elle était alors la plus sublime des choses
Étant de deux amants l’ultime apothéose
Plutôt que de la vie la trop triste exception
— 20 —
C’est à l’âge où la terre vivait selon la loi
De Vénus et d’Éros, en parfaite harmonie
La mélodie des cœurs rythmant la symphonie
De vies unifiées, vibrant à une foi
— 21 —
Cet âge magnifique inspirait les passions
De tous et de chacun dans le jardin d’Éden
Partout régnait la paix, nulle émotion soudaine
N’y sèmerait le trouble, l’émoi, l’agitation
— 22 —
Et pourtant un état, oui ! y trônait suprême
Prenant de l’amitié et de l’amour l’aspect
Unissant deux par deux, les couvrant de leur paix
Certaines âmes choisies par un secret barême
— 23 —
Tantôt pour donner corps au vaste et grand projet
Dont la communauté serait l’usufruitière
Et tantôt pour peupler de vies primesautières
Les foyers, les contrées d’admirables rejets
— 24 —
Seule comptait pour elles la vie pleine et entière
Celle qu’elles éprouvaient, qu’entre elles partageaient
Que nul ressentiment, ni haine n’abrégeait
Une vie abondante en joies et en mystères
— 25 —
Telle était donc cet âge où nos cœurs se lièrent
Pour prêter le serment devant l’Éternité
D’une constante foi, pure fidélité
Car du plus grand amour nos deux âmes s’aimèrent
Plérôme
lundi 2 août 2010
Ce fut un long voyage ...
— 1 —
Ce fut un long voyage, Eurydice, ma mie
Qui nous fit parcourir le lac de Mnémosyne
Et en toucher les rives sur les plages voisines
Que séparaient seulement les rêves de la vie
— 2 —
Que l’illusion est grande, et permet d’oublier
L’embûche ayant servi au bonheur indicible
Dont les vœux sont inscrits dans les cieux invisibles
Que nos cœurs purs et sages seuls pouvaient délier
.
— 3 —
Elles furent nombreuses, ô! les péripéties
Nous préparant enfin à franchir l’horizon
Où nos regards un jour mettraient fin aux saisons
Qui dénient à l’amour qu’il fût vraie prophétie
.
— 4 —
Nos chemins s’écartèrent, vous en souvenez-vous
Lorsqu’un trop vain désir vint soudain dominer
Le parcours bienheureux de nos deux destinées
Qui d’unies qu’elles étaient passèrent du nous au vous
— 5 —
Nuls pleurs, ni chants, ni larmes, ni récriminations
Ne pouvaient plus défaire les arrêts inflexibles
Du destin immuable, cruel, irrémissible
D’un Tartare insensible aux plus hautes actions
— 6 —
Une voie, une voie seule pouvait laver l’affront
Du si sublime amour, divin quant à sa source
Auquel l’humanité en ordonnait la course
Sacrifié aux puissances qui en dépravent le front
— 7 —
Cette voie, une fois, mille fois empruntée
Qui, contre une vie rare, vouée à l’infortune
Humble, donna la sienne à telle heure opportune
Doucement, aux puissances d’en bas rachetée
— 8 —
Cette liberté revue, Eurydice, ma belle
N’attend que nos deux cœurs pour qu’entière se vive
Nulle barrière n’existe, n’empêche qu’elle revive
Pourvu qu’elle ne se fît au plein amour rebelle
— 9 —
C’est la seule exigence qui est requise d’elle
Qu’elle retrouve au départ tout ce qu’elle a perdu
C’est-à-dire le bonheur qui lui était rendu
Et encore la chance de lui être fidèle
— 10 —
Condition qui en fait ne saurait en être une
Puisqu’aucun vrai amour ne saurait faire souffrir
Celui qu’il honore bien et n’a cesse d’offrir
Le fruit d’un état qui en fait la fortune
— 11 —
Ni encore aucun autre qui en connaît le sens
Et lui ouvre son cœur comme le lys au soleil
Ses feuilles à la rosée, le matin au réveil
La moindre trahison en amenant l’absence
— 12 —
Ce fut un long voyage, Eurydice, ma mie
Grâce aux mil seuils franchis, retrouvons l’origine
Du sentiment profond au cœur de l’androgyne
Ayant refait l’hymen à l’âme de sa vie
Plérôme
Ce fut un long voyage, Eurydice, ma mie
Qui nous fit parcourir le lac de Mnémosyne
Et en toucher les rives sur les plages voisines
Que séparaient seulement les rêves de la vie
— 2 —
Que l’illusion est grande, et permet d’oublier
L’embûche ayant servi au bonheur indicible
Dont les vœux sont inscrits dans les cieux invisibles
Que nos cœurs purs et sages seuls pouvaient délier
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— 3 —
Elles furent nombreuses, ô! les péripéties
Nous préparant enfin à franchir l’horizon
Où nos regards un jour mettraient fin aux saisons
Qui dénient à l’amour qu’il fût vraie prophétie
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— 4 —
Nos chemins s’écartèrent, vous en souvenez-vous
Lorsqu’un trop vain désir vint soudain dominer
Le parcours bienheureux de nos deux destinées
Qui d’unies qu’elles étaient passèrent du nous au vous
— 5 —
Nuls pleurs, ni chants, ni larmes, ni récriminations
Ne pouvaient plus défaire les arrêts inflexibles
Du destin immuable, cruel, irrémissible
D’un Tartare insensible aux plus hautes actions
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Une voie, une voie seule pouvait laver l’affront
Du si sublime amour, divin quant à sa source
Auquel l’humanité en ordonnait la course
Sacrifié aux puissances qui en dépravent le front
— 7 —
Cette voie, une fois, mille fois empruntée
Qui, contre une vie rare, vouée à l’infortune
Humble, donna la sienne à telle heure opportune
Doucement, aux puissances d’en bas rachetée
— 8 —
Cette liberté revue, Eurydice, ma belle
N’attend que nos deux cœurs pour qu’entière se vive
Nulle barrière n’existe, n’empêche qu’elle revive
Pourvu qu’elle ne se fît au plein amour rebelle
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C’est la seule exigence qui est requise d’elle
Qu’elle retrouve au départ tout ce qu’elle a perdu
C’est-à-dire le bonheur qui lui était rendu
Et encore la chance de lui être fidèle
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Condition qui en fait ne saurait en être une
Puisqu’aucun vrai amour ne saurait faire souffrir
Celui qu’il honore bien et n’a cesse d’offrir
Le fruit d’un état qui en fait la fortune
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Ni encore aucun autre qui en connaît le sens
Et lui ouvre son cœur comme le lys au soleil
Ses feuilles à la rosée, le matin au réveil
La moindre trahison en amenant l’absence
— 12 —
Ce fut un long voyage, Eurydice, ma mie
Grâce aux mil seuils franchis, retrouvons l’origine
Du sentiment profond au cœur de l’androgyne
Ayant refait l’hymen à l’âme de sa vie
Plérôme
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