mardi 14 février 2017

Comme disent les contes ...

COMME DISENT LES CONTES ... (publication le 14 février 2017)

La Saint-Valentin 2017

— 1 —
Il était une fois ..., comme disent les contes
Pour des temps oubliés révéler les légendes
Et par cet acte pieux espérer qu’elles rendent
La pureté aux cœurs libérés de la honte

— 2 —
C’était en ces temps-là, disent les Écritures
Pour rappeler qu’un jour dans un passé lointain
Dont les contours sont flous et les termes incertains
Eurent lieu des événements d’une inouïe nature

— 3 —
Un jour tout commença, nul doute à ce sujet
Mais que sait-on vraiment des premières lueurs
Qui ont baigné l’esprit dès les premières heures
Et lui a révélé à quelle vie il logeait

— 4 —
À quel moment précis l’initial sentiment
A-t-il ému le cœur, ébranlé les viscères
A-t-il élevé l’âme jusqu’au sublime éther
Ou l’a-t-elle projetée sous un gris firmament

— 5 —
Quel fut le premier heurt qui marqua le destin
Quelle fut d’abord la joie, mère des espérances
Pour faire passer des ailes aux yeux de la conscience
Et guider ses élus vers les nouveaux matins

— 6 —
De plus en plus heureux d’une vie accomplie
S’accordant à merveille aux lois de l’univers
Qu’interrogent les Sages et chantent les trouvères
Secret intarissable et oncques désempli

— 7 —
Quelle fut doncque l’aurore de l’amour invincible
Qui nous pénètre l’âme de toute éternité
Que recouvre parfois la clandestinité
Sans jamais s’altérer, pur et immarcescible

— 8 —
Tel un enfant brouillon, espiègle agité
Loki joue au plus fin avec nos cœurs meurtris
Par les dures épreuves, sur nos âmes pétries
S’acharnant, les défiant de leurs absurdités

— 9 —
Qu’est Éros sans Psychè ou Psychè sans Éros
Il sait bien où se doit le coup fatal porter
Qui prive les amants de cette liberté
Sans quoi leur existence n’est plus qu’un sort atroce

— 10 —
C’est un destin aveugle qui parfois les éloigne
Sur de fragiles esquifs que ballottent les flots
Voués à échouer sur de lointains îlots
Y croître et mourir, en planantes montagnes

— 11 —
Mais c’est encore un sort de beaucoup plus cruel
Qui voue las ! les amants à vivre côte-à-côte
Comme deux étrangers à qui un abîme ôte
La possibilité des aveux solennels

— 12 —
Comme si un lourd brouillard était sur la contrée
Descendu pour voiler à tous le paysage
Un manteau sombre, opaque a recouvert la plage
Sur laquelle nos pensées se sont jadis posées

— 13 —
Que peut le désir faire pour lever l’amnésie
Qui de la riche terre notre âme déracine
Qui, en les étranglant, nos sourires assassine
Les confine au tréfonds des vagues fantaisies

— 14 —
Ce nébuleux rappel d’un état très lointain
Dont la perfection évoque l’innocence
Qui nos deux cœurs unit en une même essence
Pour toujours et un jour à jamais les a joint

— 15 —
Ce merveilleux hymen, occulté par le temps
Dont les vicissitudes et les péripéties
Bravant tous les hiers, toutes les prophéties
Leur survit néanmoins, les transcende pourtant

— 16 —
Si c’était seulement qu’il était le premier
D’une très longue suite d’amours et de passions
Il serait bien normal que se fît la cession
Du caduc au nouveau, ainsi jusqu’au dernier

— 17 —
Mais le noble principe qui tous les autres englobe
Plutôt qu’il ne décroît retrouve en lui la vie
Démultiplie sa force, le cœur comblé ravit
Rayonne sur ses fils, tel l’astre sur le globe

— 18 —
S’il arrivait pourtant que la très vive flamme
Au brasier de laquelle le feu s’alimentait
Vînt un jour à s’éteindre — ce qui le tourmentait —
La béance créée en déchirerait l’âme

— 19 —
Tout peut se remplacer qui, du génie de l’homme
A procédé un jour, puis un jour fut détruit
Ce qui ruine devint peut être reconstruit
Mais non pas supprimé le décret du fatum

— 20 —
Qui dans le merveilleux univers des essences
Fait naître les moments empreints, remplis de vie
À laquelle obligée l’âme s’est assouvie
Entièrement comblée de cette bienveillance

— 21 —
Mais qui ne souffre point d’être contrecarrée
Non pas que ce ne fut onc irréalisable
Car un libre dessein, fût-il abominable
Ne peut inadmissible, injuste, le déclarer

— 22 —
Il peut même réussir à faire prévaloir
Une ferme intention, chérie par-dessus tout
Dont la frêle bonté somme le risque-tout
D’immoler son honneur sur l’autel de la gloire

— 23 —
Dès lors que ses visées se mettent au service
De la vie, de l’amour, voire incomplètement
L’Idéal sacrifié impétueusement
En appelle à Elyon que justice sévisse

— 24 —
Ce n’est pas que l’envie en dicte la révolte
Ni même le chagrin de se voir ignoré
À la fois dans son droit ainsi déshonoré
Par une conscience aux désirs désinvoltes

— 25 —
Et la légitimité aussi de décrets justes
Qui sa perfection reconnaît et confirme
Sa superbe valeur dignement réaffirme
Les formes naturelles à son nimbe rajuste

— 26 —
Cela tient plutôt de l’insatisfaction
Qui naît de la scission entre l’idéal vœu
Et ce qui s’accomplit, entre un loyal aveu
Et ce qui, le niant, en est l’imperfection

— 27 —
L’histoire de la vie, des dieux comme des hommes
Est replète d’instances, laissant à espérer
Le plus vif des bonheurs, grand et inespéré
Mais pourvu qu’ils voulussent se montrer économes

— 28 —
Non pas de la sagesse, qui les esprits éclaire
Ni de la vision juste qui guide le jugement
Ni du hardi courage, qui hâte fièrement
Ni de la retenue qui les ardeurs tempère

— 29 —
Non ! c’est de la passion qu’il faut se méfier
Qui, envahissant l’âme, en vient dicter aux sens
Qui, submergeant le corps, brouille l’intelligence
Incline à la bêtise, à tous en stupéfier

— 30 —
Car si ce monde-ci devient l’occasion
D’ineffables bonheurs, d’indescriptibles joies
Enflammant les brasiers des simples villageois
Et donnant la lumière aux plus tristes mansions

— 31 —
On y trouve aussi — voilà ce qui tous peine —
Désolations suprêmes, innommables souffrances
Qui sont au quotidien le lot d’âmes en transe
Et hausse la misère au rang de souveraine

— 32 —
Pourtant cela répugne au cœur comme à l’esprit
De constater ainsi de tant de congénères
Le déplorable sort qui, à la débonnaire
Gente, se découvre, mystérieux, incompris

— 33 —
Quelle béatitude, en toute bonne foi
Peut ce malheur vouloir impuissant côtoyer
Peut d’un regard glacé l’affliction tutoyer
Et ne pas implorer la justice parfois

— 34 —
Qu’elle fasse pleuvoir sur les hères éprouvés
Les grâces qui, du Ciel, soulageraient la peine
Les bénédictions de Fortune pérenne
Les tribulations vienne enfin achever

— 35 —
Car enfoui au sein de chaque intimité
Se trouve cet élan, évidence de vie
Qui naturellement à son pareil le lie
Et veut le libérer de ses calamités

— 36 —
Comment dire autrement ce qu’est l’amour sublime
Se laissant embraser par les causes perdues
Au nom d’une justice sur chacun descendue
En raison d’être un cœur que la Vie bien  anime

— 37 —
Ce qui jà devait être et n’est pas devenu
Laisse un vide béant qu’il faudra bien combler
Sauf à, oui, se résoudre à subir, accablé
Les vents existentiels qui seront advenus

— 38 —
Pour le remplir séant et sans réservation
Tel que cela convient à l’aveugle destin
Qui, telle une eau informe, le plus petit recoin
Remplit de sa présence, sans hésitation


— 39 —
Comme il est vrai de dire, sans oser se tromper
Que c’est seul sur le bien que se peut édifier
Ce qui d’encore mieux peut se qualifier
Et ne pas éprouver de se voir estompé

— 40 —
Par l’intime faiblesse qu’avecque lui apporte
Le défaut qui en nie l’entière plénitude
L’exposant à savoir quelle est sa finitude
Par les affronts nombreux qui en heurtent les portes

— 41 —
Ou qui, bien pis encore, flairant une victime
Veulent abattre les murs qui lui servent d’abri
Et pratiquer la brèche qui ruine ce lambris
Servant à protéger la salutaire estime

— 42 —
Qui fonde les efforts et aussi tous les rêves
Qui nourrit les projets d’un glorieux avenir
Et comble les prémisses d’un complet devenir
Sans lesquels une vie paraît toujours trop brève

— 43 —
L’inexorable loi à laquelle est soumise
L’humanité entière, car douée de conscience
Qui est l’ultime gage de l’accomplie science
Ayant été un jour implicitement promise

— 44 —
À elle, cette loi dis-je, peut être surmontée
Dès que se recouvrit la première innocence
L’infaillible barrière contre l’extravagance
Qui mine, diminue, détruit la liberté

— 45 —
Car alors la béance qui s’était installée
Trouve-t-elle à s’emplir de cette infinitude
Dont la terrible absence d’aucune ingratitude
La privait d’exprimer ainsi que d’étaler

— 46 —
Comment n’entrevoir pas le très profond mystère
Qui l’âme de la femme au cœur de l’homme lie
Constituant pour tous la vivante homélie
De l’état fondateur de toute vie sur terre

— 47 —
Comment n’entrevoir pas qu’en un passé lointain
Qui transcende peut-être jusqu’aux confins du temps
Une double étincelle ponctue le firmament
D’une même lueur éclairant les destins

— 48 —
Comment ne songer pas que leur course rapide
Autour d’un centre unique, d’un point qui est le leur
Circule bravement, malgré que son ampleur
Parfois éloignera les astres intrépides

— 49 —
Au point où la pâleur de leur céleste nimbe
Avec celui, falot, des voisins se confond
Les menaçant ainsi d’un effacement profond
D’un long et lent voyage au creux des fades limbes

— 50 —
Seul alors le souvenir de moments vifs et tendres
Enjoués et heureux ou sérieux et lucides
Préservent des langueurs qui les âmes trucident
En les asphyxiant de leurs stériles cendres

— 51 —
En attente du jour où se retrouveront
Les compagnons astraux qu’un destin rend complices
Les célestes jumeaux engagés sur la lice
Qui, en les complétant, les réaliseront

— 52 —
Mais si par un très grand, sombre et triste malheur
La dure solitude sur la fidélité
Devenait l’achoppement à la vitalité
Qui des âmes-sœurs soutenait le bonheur

— 53 —
Et causait que l’une d’elles devînt l’hôte obligé
D’un astre errant voisin sillonnant les parages
Et goutât au miel des bons et doux breuvages
Qui scellent les destins des vertus négligées

— 54 —
La blessure causée au cœur abandonné
Qui ne se sentait un qu’en vertu de l’union
Pure et originelle d’âmes à l’unisson
Peuplant un univers par l’amour ordonné

— 55 —
Serait inguérissable si ne se répara
La gigantesque brèche par cette absence ouverte
Qui jamais ne pourra être un jour recouverte
Par aucun sentiment que le cœur abritera

— 56 —
C’est alors que survint, salutaire et final
L’ultime sacrifice qui tout restaurerait
Et aux plus désolées âmes redonnerait
L’espérance d’un retour aux sources virginales

— 57 —
D’un recommencement qui tout rétablirait
D’un entier pardon qui tout effacerait
D’une sublime grâce qui éradiquerait
Jusqu’aux traces des manques qui chacun hanteraient

— 58 —
Se fût-il accompli — comme nous savons qu’il fut —
Qu’il demeurerait vain si on lui déniait
De pouvoir transformer ce qui l’injuriait
C’est-à-dire du Juste ce qui est le refus

— 59 —
Ce qui le manque seul parvient à racheter
Ainsi que les séquelles, les dures iniquités
Qui en sont le salaire, contre toute équité
Versé, et qui souvent est issu de lâcheté

— 60 —
Est celui, défrayé, qui plus précieux encore
Éveillera l’amour par l’amour supplicié
Lorsque le subissant le cœur justicier
Signifie, par son geste, son plus entier accord

— 61 —
C’est l’exemple, en effet, singulier, curieux
D’une économie rare, parfaitement gnostique
Dont les secrets principes mènent l’âme mystique
Et l’élèvent au plan, grand et mystérieux

— 62 —
De l’absolue sagesse, divine et éternelle
Dont l’unité comptable est toute en négations
Constituée, offrant en consolation
Aux âmes éprouvées l’action passionnelle

— 63 —
Le vide ainsi laissé se crée à un fort prix
Celui de la souffrance librement assumée
Que seule la vertu parvient à sublimer
Et impressionner les magnifiques esprits

— 64 —
Car n’est-ce pas ainsi que se puisse rédimer
Les bassesses et les pusillanimités
Qui sont à la racine de tant d’infirmités
Dont l’abomination ne saurait s’exprimer

— 65 —
Quelle fut implacable la séparation
Et cruel le chagrin qui d’elle s’ensuivit
L’honneur fut grand, n’est-ce pas, qui redonna la vie
À l’âme qui, toujours, risquait sa privation

Plérôme