lundi 2 août 2010

Ce fut un long voyage ...


        — 1 —
Ce fut un long voyage, Eurydice, ma mie
Qui nous fit parcourir le lac de Mnémosyne
Et en toucher les rives sur les plages voisines
Que séparaient seulement les rêves de la vie

        — 2 —
Que l’illusion est grande, et permet d’oublier
L’embûche ayant servi au bonheur indicible
Dont les vœux sont inscrits dans les cieux invisibles
Que nos cœurs purs et sages seuls pouvaient délier
.
        — 3 —
Elles furent nombreuses, ô! les péripéties
Nous préparant enfin à franchir l’horizon
Où nos regards un jour mettraient fin aux saisons
Qui dénient à l’amour qu’il fût vraie prophétie
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        — 4 —
Nos chemins s’écartèrent, vous en souvenez-vous
Lorsqu’un trop vain désir vint soudain dominer
Le parcours bienheureux de nos deux destinées
Qui d’unies qu’elles étaient passèrent du nous au vous

        — 5 —
Nuls pleurs, ni chants, ni larmes, ni récriminations
Ne pouvaient plus défaire les arrêts inflexibles
Du destin immuable, cruel, irrémissible
D’un Tartare insensible aux plus hautes actions

        — 6 —
Une voie, une voie seule pouvait laver l’affront
Du si sublime amour, divin quant à sa source
Auquel l’humanité en ordonnait la course
Sacrifié aux puissances qui en dépravent le front

        — 7 —
Cette voie, une fois, mille fois empruntée
Qui, contre une vie rare, vouée à l’infortune
Humble, donna la sienne à telle heure opportune
Doucement, aux puissances d’en bas rachetée

        — 8 —
Cette liberté revue, Eurydice, ma belle
N’attend que nos deux cœurs pour qu’entière se vive
Nulle barrière n’existe, n’empêche qu’elle revive
Pourvu qu’elle ne se fît au plein amour rebelle

        — 9 —
C’est la seule exigence qui est requise d’elle
Qu’elle retrouve au départ tout ce qu’elle a perdu
C’est-à-dire le bonheur qui lui était rendu
Et encore la chance de lui être fidèle

        — 10 —
Condition qui en fait ne saurait en être une
Puisqu’aucun vrai amour ne saurait faire souffrir
Celui qu’il honore bien et n’a cesse d’offrir
Le fruit d’un état qui en fait la fortune

        — 11 —
Ni encore aucun autre qui en connaît le sens
Et lui ouvre son cœur comme le lys au soleil
Ses feuilles à la rosée, le matin au réveil
La moindre trahison en amenant l’absence

        — 12 —
Ce fut un long voyage, Eurydice, ma mie
Grâce aux mil seuils franchis, retrouvons l’origine
Du sentiment profond au cœur de l’androgyne
Ayant refait l’hymen à l’âme de sa vie

Plérôme

dimanche 4 avril 2010

Légère comme un souffle ...


PÂQUES 2010

Légère comme un souffle qui la charrie au loin
Coque frêle en papier qu’emporte le courant
Quatre mains enlacées l’ont confiée aux vents
Deux cœurs entrelacés en prodiguent les soins

Chaque rêve en façonne le vaste horizon
Vers lequel la propulsent les brûlants désirs
D’une joie solidaire d’innocents plaisirs
Purifiés au brasier d’un amour pur et bon

C’est hier que naquit l’éternel sentiment
Un hier si lointain qu’il échappe au souvenir
Un hier si immense qu’en lui germe l’avenir
Dont les profonds confins se découvrent hardiment

Tout nous fut, en ces jours, où se forment les destins
Promis sans réserve, partage ou condition
Sauf si l’on succombait à l’odieuse trahison
Qui nous transformerait l’un de l’autre en mutins

Or, il arrive qu’un jour, un oubli s’imposa
Entre deux cœurs fidèles et qui pourtant s’aimaient
À l’unisson complète avec l’Esprit parfait
Dont l’action ineffable à eux se proposa

Pour allumer une flamme qu’aucun sort n’éteindrait
Laquelle les rallierait à l’insondable unité
Et scellerait leur union pour la communauté
Des âmes qui, devant tous, leur foi brandirait

O! malheureux sommeil qui en lieu du matin
Substitue à l’éveil les flous contours d’un songe
Et offre au cœur pur les lueurs du mensonge
Lesquels assombrissent les espoirs enfantins

Le frêle esquif en papier, jusque-là naviguant
Les flots calmes et paisibles de la nappe tranquille
Pointant sa fière proue sur la bienheureuse île
Qui sans cesse nourrissait leurs regards confiants

Se trouve alors emporté par un courant rebelle
Qui l’agite de toutes parts et en secoue le cap
Tant et si bien d’ailleurs que sa carène dérape
Le soulève, l’écrase, encore et de plus belle

Car les eaux en courant s’étaient bien transformées
En rapides sillons, en furieux torrents
La nacelle échappa aux espoirs des enfants
Et aux confins de l’abîme disparut, transportée

Plérôme.

lundi 18 janvier 2010

Les journées s'écoulent ...


Les journées s’écoulent, lentement, doucement

Un long fleuve infini de lumière baigné
La vie en amont en nourrit les vergers
Le comble en aval de ses prestes courants

Ainsi se promènent sur les bras pivotants
Du grand cercle égrenant les minutes, les heures
L’amour en infuse un tranquille bonheur
Et les joies s’en épanchent de se savoir amants

Quelle est belle cette vie qui à nous est promise
Apte à peupler les rêves de la gente Arthémise
D’une ineffable joie, vaste et sempiternelle

Nous recrutant au terme d’un long périple ardu
Qui a bravé les nuits aux confins sans issue
Ouvrant grand sur les prés aux gerbes éternelles

Plérôme