dimanche 24 février 2008

Allégorie d'un père à sa fille


Quant au fond de la mer vinrent se retrouver
Le homard et son fils que de longues années
Avaient l'un de l'autre par la mésaventure
Rendus méconnaissables, sauf qu'une joie très pure


Puissante vague d'amour, comme jadis les unit
Qu'un lien filial, céleste avait levée
Donnant ainsi au cœur le sang de sa raison
Donnait aussi à l'âme le c
œur de sa passion

Comment mon fils, dit-il, vous ayant reconnu
Puis-je du fils chéri que si fort ai aimé
L'ayant au fond de l'âme jusques aux nues porté


Ne plus de ce souvenir d'un éternel vécu
Qu'apercevoir les ruines d'un passé révolu
Et désormais du fils ne plus voir que l'ami.

Plérôme

Pardonnez-moi


— 1 —
Pardonnez-moi d’être Français
D'aimer la vie, la joie, l’amour
De négliger parures, atours
Du sublime affirmer le vrai

— 2 —
Pardonnez-moi d’être avec vous
La porte ouverte sur l'infini
Rappel constant à votre ennui
Que sagesse est fille de remous

— 3 —
Pardonnez-moi ce doux bonheur
D'une âme en quête d’absolu
Ailleurs que dans le rêve vécu
Accroché au parcours des heures

— 4 —
Pardonnez-moi de ne pouvoir
Côtoyer les troublants mensonges
Avec lesquels truffez les songes
De vos désirs, de vos espoirs

— 5 —
Pardonnez-moi cris étouffés
Avec lesquels affirme justice
Fuis, muet, cruels supplices
Que réservez aux gens d’aveu

— 6 —
Pardonnez-moi fière croyance
En ce qui touche aux plans suprêmes
Seuls dignes d’être aimés et même
Défendus à extrême outrance

— 7 —
Pardonnez-moi d’encore rêver
Qu’un jour serons frères sincères
Et défierons tous ces mystères
Ces insolentes impiétés

— 8 —
Pardonnez-moi de refuser
Le sacrifice de tous les nôtres
Qu’une vertu oppose aux vôtres
Que l'on tue pour ne pas aimer
Plérôme

Soupirs


Il tarde à lever
Le rideau sur nos cœurs
Et enivrer de ses ébats
Les tréteaux de nos vies

Il tarde à chanter
De ses folles harmonies
La joie d’être, chaque jour
Un trait vif sur l’oubli

Il tarde à rimer
Aux gaies rhapsodies
La poésie d’un regard
Et le rythme d’une âme

Il tarde à respirer
De ses images vibrantes
Le flegme des courants
Et le plasma éthéré
De joyeux souvenirs
Seuil ouvert sur demain


Plérôme

Complainte amoureuse


— 1 —


De qui les bras
Visitiez-vous, madame
Lorsque vous seule aimais

À quelle étreinte
Vous fondiez-vous, madame
Quand de vous languissais

À quels propos
Vous abreuviez-vous, madame
Lorsque d'ennuis mourais

Et que mes nuits
De votre absence, madame
Le vide immense comblais

J'ai tant bercé
La nostalgie de vous
Couvé vapeurs
D'un incessant amour

Chaque jour vous offris
D'une prière tranquille
Mon coeur toujours à vous
Obéissante argile

— 2 —

Pour qui la raison
Étiez-vous, madame
Lorsque vous inspirais

Et quelles passions
Remuiez-vous, madame
Alors que languissais

De qui la voie
Traciez-vous, madame
Alors que vous guidais

Et de qui l'âme
Habitiez-vous, madame
Lorsque vous attendais

J'ai tant puisé
À la mer des sanglots
Sans savoir vous convaincre
Qu'au-delà tous ces mots

Il y a la vision
D'un amour serein
Qu'entretient
avec art
Un propice destin

— 3 —

Que dire, madame
Alors que me quittez
Si ce n'est, chère amie
Qu'étalée à nos pieds

Une arène d'étoiles
Danse sa farandole
Et poursuit de ses feux
Une longue course folle
Plérôme

Ode tragique


Lorsque vous aperçus, en chemin vers l’Abîme
Mon cœur a éclaté, brisé en mil morceaux
Le rêve que nourrissais à la pointe des cimes
S’est las! transmué en désillusion sans mots

Du haut de cette peine, interminable et vive
Qui vous vouait aux dieux, et moi aux gémonies
Secrète à tous les yeux, et à votre âme vive
Je cherche la raison de cet exil honni

Pourtant le ciel est beau et la nature est belle
Les oiseaux chantent en chœur un ramage angélique
Ils redoublent d’ardeur en gracieux décibels
Les sublimes louanges de mélodies mystiques

Mon âme les rejoint, et les y accompagne
Mon penser vole haut et mon pas est certain
Les Moïres ont redonné à Orphée sa compagne
Les Parques lui l’ont ravie et nourri son chagrin.

Plérôme