samedi 10 novembre 2012
Souvenez-vous amour ...
JOUR DU SOUVENIR 2012
Devant une pierre tombale
commémorant la Guerre de Vendée (1793-1800)
et arborant l'épitaphe
«Souvenez-vous des jours d'autrefois»
— 1 —
Souvenez-vous, amour, des jours jadis heureux
Dont la félicité, la tranquille euphorie
Berçait nos plus doux rêves et fantasmagories
Peuplant chaque moment de souvenirs nombreux
— 2 —
C’était à une époque où tout était permis
Où nos cœurs enflammés d’amour s’entrelaçaient
Comme si l’éternité ses bornes repoussait
Afin que s’accomplît ce que la vie promit
— 3 —
C’était au temps lointain mais non pas oublié
De ces âmes limpides, blanches, immaculées
Dont les purs idéaux ne sont mie bousculés
Ni par regards hautains, ni par fiel délié
— 4 —
C’était en ces grands jours qui nourrissent nos songes
Où ne se cherchait plus la divine unité
Car tous avaient trouvé l’unique affinité
Née dès son origine libre de tout mensonge
— 5 —
Et ce toi qui est moi et ce moi qui est toi
Se savaient toujours tels, de plus pleinement libres
Désireux l’un de l’autre du meilleur équilibre
Qui les réalisât dans la plus haute joie
— 6 —
Deux êtres si distincts ne se furent rencontrés
Jamais en deux cents ans, ni en un millénaire
Car nous étions chacun nullement lacunaires
Du genre que le Père commanda d’illustrer
— 7 —
Et pourtant Il nous fit comme si nous ne pouvions
Nous considérer ja entièrement accomplis
Que si de l’un de l’autre étions bien remplis
Et à l’idée sublime ensemble pourvoyions
— 8 —
Homme et femme nous sommes jusqu’aux confins de l’âme
C’est un mystère qui fit que dut naître l’union
Que nos vies furent appelées vers la communion
Qui des deux qu’elles sont a produit une flamme
— 9 —
Un bénigne destin apprêta le brasier
Que nos mains allumèrent, joyeuses, déliées
Heureux qu’ainsi la vie nous eût voulu allier
Qu’aujourd’hui le bonheur nous daigna extasier
— 10 —
La haute Volonté sagement décréta
Que viendrait compléter un état accompli
La présence ineffable jusqu’aux combles remplie
Ce qui était le plus excellent des états
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C’était avant le jour où l’on put découvrir
Que, sans se mélanger, les regards se miraient
Se renvoyant l’image qui comme deux portraits
Vis-à-vis suffisants, peu dispos à s’ouvrir
— 12 —
Le don fut sans réserve, entier et mutuel
Terre et mer se sont joints, en ce plus beau des jours
Nul mot n’entérina que c’était pour toujours
Le sceau de la promesse se sachant éternel
— 13 —
Nos cœurs comme deux cours spontanément confluent
Entraînés par l’élan dès avant l’origine
Se découvrant soudain comme étant androgynes
Réalisation néanmoins superflue
— 14 —
La vertu de l’amour, de l’être le silence
Comblait de plénitude, heureuse et très sereine
La moindre des pensées de nos cœurs en haleine
Les tient, éveillés, de vive vigilance
— 15 —
Si contents que la vie les ait favorisés
Ainsi que ne le sont les anges en Paradis
Sans connaître jamais les sombres perfidies
Les tristes infamies qui les font mépriser
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C’était l’orée des jours en lesquels chaque nuit
Est pour les doux amants gage de quiétude
En laquelle ils échangent sans calcul ni étude
Leurs serments solennels vers l’heure de minuit
— 17 —
C’était les temps avant celui que l’on sait
Où les mots prononcés offrent belles façades
Où les hautes promesses aboutissent aux passades
Témoins que le désir l’amour profond faussait
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Elle semble lointaine l’ère où naquit l’amour
Tellement qu’il sombra au mitan de l’oubli
Que viennent hélas voiler les grands ordres établis
Et que pressent le cœur des tendres troubadours
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Parfois n’en restera pour preuve ou évidence
Qu’une vague nostalgie laissant insatisfaite
L’âme qui vaillamment s’est hissée jusqu’au faîte
D’un concours effréné conférant l’ascendance
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Qui au lieu de trouver pleine satiété
Au bout de la constance, en couronnant l’effort
De fermes volontés, d’esprits solides et forts
Cherche l’âme évasive qui vienne la compléter
— 21 —
N’auriez-vous donc senti en vous comme le semblant
D’un vague souvenir, imparable, ingénu
De vous être trouvée en présence connue
Mais d’un autre passé et d’un ailleurs troublant
— 22 —
Peut-être hélas ! n’était-ce après tout qu’illusion
De vous penser issue d’un hier occulté
Par mil et un reflets nommés réalité
Et qui serait pour nous source de confusion
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Mais d’où proviendrait l’acharnée nostalgie
Narguant le souvenir, défiant la mémoire
Sans que votre présence elle ne laisse entrevoir
Parmi toutes les traces, ses fidèles effigies
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Qui le peuplent depuis le moment où s’ouvrirent
Mes yeux à la lumière de la présente vie
Sans qu’aucune occasion ne laissa assouvie
Cette intime espérance de pouvoir vous chérir
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Peut-on si fort aimer qui l’on n’a jamais vue
Comme si de l’émoi un germe fût semé
Qui avant toute idée saurait bien qui aimer
De votre unique sceau, Éros l’ayant pourvue
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Mais cette énigme donc se double de mystère
Car ce qui avec soi naît privé de passé
Ne saurait par l’oubli l’âme bouleverser
Quand la réminiscence produit son ministère
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Et même si, en naissant, l’âme porte en son sein
L’exacte ressemblance qui nous est destinée
Sans antériorité pour la prédestiner
Qui nierait la visée du Dieu trois fois saint ?
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Se révélant à nous dans l’élan mutuel
De cœurs entrelacés ou souhaitant le devenir
Spontanément flambant du même ardent désir
Qu’un jour nous rendrions ce beau songe actuel
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Mais d’où viendrait alors, amour, le sentiment
De vous avoir un jour en un ailleurs connue
Surgie d’un autre temps vous avoir reconnue
Vous seule suscitant un tel assentiment
— 30 —
De vous avoir alors de tout mon cœur aimée
En daignant espérer qu’en retour me chérîtes
Et que non jamais plus deviendront contrites
Nos âmes esseulées d’en silence s’aimer
Plérôme
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