jeudi 9 janvier 2014

Quel hymne à notre amour ...


                                     Les Fêtes 2013-2014

                       — 1 —
Quel hymne à notre amour chanteront les aèdes
Les douces mélodies seront-elles gaies ou tristes
Sauront-elles inspirer les vers des scénaristes
Animer les soirées des campements près des oueds


                        — 2 —
Quelles histoires seront par elles racontées
Chanteront-elles l’amour inépuisable et tendre
Qu’un Ciel généreux en nos âmes engendre
Répandant sur nos cœurs ses suaves bontés


                        — 3 —
Ou bien pleureront-elles les drames inexplicables
Nés d’étoiles contraires en lutte dans les cieux
Opposant aux espoirs les plus sains et gracieux
Les déceptions arides d’un destin inscrutable
 

                       — 4 —
Évoqueront-elles le sort du pur et noble Abel
Que Dieu favorisa en lui donnant sa sœur
Pour compagne fidèle et reine de son cœur
Mais au grand déplaisir de son frère rebelle


                        — 5 —
Il se voyaient déjà, d’une gaie ribambelle
Enjouée, entourés, confirmant leur bonheur
D’être ainsi, l’un à l’autre, d’une vivante ardeur
Le germe d’une tige rayonnant en ombelle
 

                       — 6 —
Remémoreront-elles l’amoureux Adonis
Épris de la déesse aux charmes invincibles
Et qui lui fut ravi lorsqu’il devint la cible
D’un sanglier farouche foulant le vert anis


                        — 7 —
La larme que versa Aphrodite éplorée
Épousa le rubis d’un sang trop tôt versé
Consolant le chagrin d’une âme transpercée
Par la perte cruelle de l’éphèbe adoré


                        — 8 —
Commémoreront-elles le triste Dummuzi
Qui, s’étant réjoui de retrouver vivante
Son épouse Inanna, des Enfers survivante
Fut par elle contraint d’abjurer l’ambroisie


                        — 9 —
Le deuil et le chagrin étaient certes de mise
Pour un mari blessé, rendu inconsolable
Par une perte abyssale, à nulle comparable
Mais qui pourrait gémir, de revoir sa promise ?


                        — 10 —
Songeront-elles alors à la constante Isis
Qui chercha son époux jusqu’en terre étrangère
Attristée comme elle fut, la fidèle bergère
Qu’il succombât ainsi au retors exercice


                        — 11 —
D’un mari dévoré d’inexpiable haine
Envers son doux amant, innocent en son âme
Coupable seulement d’avoir été sans blâme
Lorsqu’il aima Nephtys, comme si elle était sienne


                        — 12 —
Se souviendront-elles du Rāma malheureux
Un authentique Prince, Héritier légitime
Mais de sa belle-mère, récoltant peu l’estime
Et qui, triste exilé, trouva fort onéreux


                        — 13 —
Qu’on lui ravît Sita, son épouse chérie
Mais il n’hésita guère à voyager au loin
Du bout de son épée, réclamer son conjoint
Et du coup accéda à la royale pairie


                        — 14 —
Se rappelleront-elles des cœurs en communion
De l’avatar Krishna, de Rhada l’adorée
Dont l’éternel amour, d’une lumière dorée
Était baigné toujours dans leur parfaite union
 

                       — 15 —
C’est un destin cruel qui mit fin à leur rêve
Une bête méprise n’offrant aucun pardon
Dépêcha notre amant d’une flèche au tendon
Vers la béatitude d’un nirvâna sans trêve


                        — 16 —
Ou bien raconteront-elles le récit édifiant
D’une femme fidèle qu’aucune tentation
Détourna de la ferme et pieuse résolution
D’être de leur amour l’exemple vivifiant
 

                       — 17 —
Qui ne saurait voir là l’éloquent témoignage
De rusée Pénélope, noble, sage et très belle
Éconduisant l’amant par un tissage éternel
Que la nef d’Odyssée gagne Ithaque à la nage
 

                       — 18 —
Peuvent-elles oublier, ou passer sous silence
Le grand amour d’Orphée et la désolation
De contempler l’abîme que nulle adulation
Ne parvient à combler, quelle qu’en fût l’excellence


                        — 19 —
Eurydice si belle était plus qu’une fée
Car elle était son ange, bien plus sa destinée
Qu’un très horrible sort s’est montré obstiné
À transformer son âme en désert assoiffé


                        — 20 —
Mentionneront-elles le fidèle hyménée
Du sage et brave Ali, de Fatima la douce
Béni au Ciel par Dieu (qu’Il soit loué de tous)
Leur amour éternel, des hommes ovationné


                        — 21 —
Courageux dans la peine, redoublant de piété
Lorsque les dures épreuves secouaient les parois
De l’humble pavillon, du chaleureux endroit
Où virent le jour leurs dons à la société
 

                       — 22 —
Diront-elles quelque chose du bien triste mariage
De deux amants secrets, de l’un à l’autre promis
Qu’une haine des pères force à l’antinomie
De cœurs voués à s’aimer au-delà de tout âge


                        — 23 —
L’idée seule du trépas de son si cher amour
Suffit à Roméo pour qu’il quitte la vie
Son âme destinée à vivre inassouvie
Julie le cherchera dans l’Au-delà toujours


                        — 24 —
Conteront-elles le drame d’une triste passion
Qui maria le clerc et sa chaste disciple
Et puis les promena de périple en périple
Exigeant d’Abélard l’ultime abnégation


                        — 25 —
Le désir d’Héloïse, étant pur et sans faille
Elle suivra son amant jusque dans la disgrâce
Car elle savait bien que l’amour et la grâce
Sont les fermes piliers d’heureuses épousailles


                        — 26 —
Elles ne songeront pas à la dissymétrie
Qui ja rendit la Bête, difforme par nature
Amoureux d’une Belle à l’aimable figure
Mais aussi le voua à pieuse idolâtrie


                        — 27 —
Qui vit Quasimodo, au risque de sa vie
Esméralda tirer du funeste complot
Sans espoir qu’elle sût quel était le dur lot
D’une passion secrète, toujours inassouvie


                        — 28 —
Comme elles n’oseront croire que l’amour enfantin
D’un frère pour sa sœur fût devenu profond
Au point qu’il remua, cela jusqu’aux tréfonds
Le désir de la suivre dans l’Au-delà lointain


                        — 29 —
Il se nommait Gavroche, et elle Éponine
Comme il en admira l’amour pur et gratuit
Qui la fit arrêter le coup de feu fortuit
Lequel visa l’amant d’une balle coquine


                        — 30 —
Aucune de ces histoires, ou peut-être encore toutes
Sauront les mélodies des troubadours tirer
Car que peut le trouvère uniment soutirer
Des pieuses confidences que le silence écoute
 

                       — 31 —
Seul, il est le témoin de l’ineffable drame
Qui préside au destin que commande le Ciel
D’aucunement céder aux rêves artificiels
Et de réaliser le divin amalgame


                        — 32 —
Par lequel sont promis, sans tour ni artifice
Deux âmes assorties de toute éternité
Vouées à découvrir la sublime unité
Qui est de toute vie le sublime édifice


                        — 33 —
L’une à l’autre dédiées par la Bonté Suprême
De l’Auteur bienveillant de cette Création
Dont le désir ultime, d’aucune abrogation
Ne souffre, car Il sait que leur essence même


                        — 34 —
Les font se rechercher contre vents et marées
Souvent même à l’insu des préoccupations
Qui momentanément captent leurs dévotions
Et voilent à la conscience leur cœur désemparé


                        — 35 —
Le mystère est entier, défiant la logique
Par lequel ces deux vies, de liberté douées
Pourraient être au bonheur sans partage vouées
En vertu d’un dessein, oui ! téléologique


                        — 36 —
Et pourtant tel il est — et vrai sans en douter
Qui s’associe les cœurs et cela sans brimer
Les plus profonds désirs à vouloir exprimer
Avecque leur nature la spontanéité


                        — 37 —
Qui à la source puise, intarissable et pure
De ce qui toujours fut, et qui toujours sera
Ayant porté un jour, et toujours portera
Le sceau de l’Infini, réel, sans imposture


                        — 38 —
Aucun poème donc ne peut de nous chanter
Ce qui de notre avenir n’est pas encore écrit
Car rien de ce futur, non rien ne fut prescrit
Car tout encore de nous reste à être inventé


                        — 39 —
Mais le secret est lourd qui transporte en son sein
Chaque moment précis d’un espoir qui se vit
Comme réalisant l’acmé de nos deux vies
Puisque de l’Absolu est empreint de son seing


                        — 40 —
Alors que fatigué, désolé et meurtri
Le cœur, sincère pourtant, la promesse accomplit
De se garder pour celle qui son âme remplit
Devant n’être pour elle que les pleurs d’un esprit

Plérôme