vendredi 29 août 2008

Réfugiée sereine ...


— 1 —
Réfugiée sereine, sur les remparts de Troie
La pulchrissime Hélène contemple son passé
Préférant oublier avoir outrepassé
La fureur indignée de son mari et roi

— 2 —
C’était bien le destin qui l’amena séant
Elle qui sans histoire présidait aux festins
De Ménélas à Sparte, au renom si hautain
Mais moins qu’Agamnenon, Titan chez les géants

— 3 —
Que pouvait-elle savoir de ce jeu si cruel
Qui la vit devenir le trophée d’un puceau
Lequel porte Aphrodite au point ultime du beau
Non pas chaste Artémis, ni Héra la fidèle

— 4 —
Fut-ce un rapt, ou un viol, ou une séduction
C’était mal comprendre l’esprit des temps anciens
Qui en dictait aux actes par arrêts du destin
Et révélait alors la morale sanction

— 5 —
Était-elle la victime ou encore la complice
Du geste qui allait la culture troyenne
Au loin la transporter vers les plaines romaines
Le salaire de l’amour se versant en ubris

— 6 —
Peut-elle soupçonner que l’infâme aventure
Ferait d’une reine la proie de l’infortune
Didon pleurant Énée sur les brûlantes dunes
Expiant son amour au feu de la torture

— 7 —

Pouvait-elle en son coeur jamais imaginer
L’orgueilleuse ambition d’une fratrie lésée
Prête à faire surgir une Olympe divisée
Pour que triomphent enfin les droits de l’hyménée

— 8 —
En offrant aux puissances du Ciel et de l’Enfer
La plus douce Colombe (1) qui, de son vol gracieux
N’effleurât les sommets, la futaie et les cieux
Faisant communier son innocence au fer

— 9 —
Ne pouvait-elle alors ne pas se souvenir
De cette triste histoire que racontait sa mère
D’une autre jeune fille vouée au sort amer
Pour n’avoir su ou pu échapper au désir

— 10 —
N’était-elle pas devenue l’âme-soeur d’Eurydice
Et son féal Pâris, le sosie d’Aristée
Qui pour avoir bravé, de sa témérité
Les canons implacables de la moralité
Avait à la géhenne pour toute éternité (2)
Marqué une âme pure du sceau du sacrifice.

Plérôme

(1) Il s'agit bien sûr d'Iphigénie, que son père Agamenon sacrifia aux dieux
afin que des vents propices portent infailliblement sa flotte armée vers les
rivages de Troie;
(2) C'était avant la loi chrétienne de l'Amour et du Pardon.

mardi 17 juin 2008

Fiers héros ...


Fiers héros des Bacchantes, promis d’Antinoé
Au graal des voluptés étanchez vos désirs
Maintenez l’illusion de présents transformés
Aux bâtons éthérés d’éphémères soupirs

Les portes sont ouvertes: il suffit d’y entrer
Mais c’est vite oublier qu’elles peuvent se refermer
Laisser seulement paraître les ombres, les contrées
D’un passé révolu aux idéaux fermées

Seule une âme céleste vibre à la pulsation
De la pureté native, ouvrant sur l’infini
Cultive jalousement au fond de son sillon
Le feu qui en révèle le possible fini

Or, c’est la condamner à l’immobilité
Que seulement voir en elle un moment achevé
Comm’ si elle levait un pan d’éternité
Avant qu’elle n’ait pu vers elle s’élever

C’est aussi la vouer à peines et langueur
Que de la voir souffrir à ne jamais suffire
Aux conditions injustes, limitant son honneur
À combler les désirs sans sa vertu servir

Fiers héros des Bacchantes, seriez-vous voués
À n’être que la voie d’un désespoir sans nom
Auquel les sensuelles, frénétiqu’s voluptés
Sont le triste antichambre, le funeste pennon
D’un travail éphémère, vivement contrasté
Avec l’oeuvre pérenne, méritoire du renom

Plérôme

mardi 13 mai 2008

Un jour m’êtes apparue ...


Un jour m’êtes apparue en songe, belle Eurydice

Et tout en m’ayant vu, ne m’avez reconnu
Comme si sur le passé de l’amour éternel
Couvant fidèlement sous la cendre immortelle
En attente du jour où il se saurait su
S’était vu occulté du grand voile d’Isis

C’était déjà tragique de vous avoir perdue
Quand trop sollicitée par le pâtre Aristée
Vous fûtes expédiée, pour prix d’une rapine
Aux sombres catacombes de chaste Proserpine
Comme si un pur amour ne devait exister
Et pour vous en priver, la mort vous a mordue

O! triste convoitise, salaire de la haine
Qui envenime tout en semant la douleur
Là où devraient régner les indicibles joies
Des âmes innocentes promises à leur émoi
Quel crime doit-on voir en l’appel au bonheur
Qu’à la félicité se substitue la peine

C’est pourtant le courage qui m’a inspiré
Lorsque puisant à même la sainte vérité
Qui accorde à l’amour l’entière primauté
Ai choisi pour toutes armes la lyre et le doigté
La mélodie, le chant et la solennité
Pour défier la mort et quitter l’Empyrée

À la recherche de celle qui était ma promise
Depuis la nuit des temps, dans la pensée divine
Qu’une sombre tyrannie, née du ventre d’Hadès
A comploté de prendre, ultime pied-de-nez
Pour se l’accaparer, en faire la concubine
À l’ogrerie vorace de l’appétit soumise

Que vous fit Aristée, quels charmes ou sortilèges
A-t-il utilisé pour dresser le serpent
Contre le blanc talon de votre âme tout’ pure
Et vous acheminer loin des cieux azurs
Vers les sous-sols chtoniens dont le cœur se repent
Lorsque la connivence s’est associée au piège

Que vous fit-il encore, qu’au succès mérité
Après avoir nargué, bravé tous les dangers
Et réussi à vaincre les arrêts du destin
Qui vous voyaient vouée aux éternels festins
Du fiel et non du miel, d’orties et non de pain
Se vit substituer l’horrible iniquité

Qui de l’un ou de l’autre avait commis la faute
De s’être trop montré ou trop peu empressé
En s’extrayant de l’antre vers l’infinie lumière
C
était un faux problème, voilant le magistère
Sévère, inexorable des tartares contrées
Qu’elles n’abandonnent mie ceux qui en sont les hôtes

Eurydice ma tendre, Eurydice ma mie
À qui j’ai dédié tous les chants de ma vie
Serons-nous jamais libres de vivre l’élan
Dont la vraie plénitude du rire est l’enfant
Puisqu’innocent, puisant aux sources infinies
D’une vie débordante au feu jamais tari

Plérôme

mardi 18 mars 2008

Vertueuses romaines ...


Vertueuses romaines, gloires des temps anciens

Hommages pieux aux mân’, honneur des patriciens
Quel fut donc votre sort, qu’un sombre jour disparûtes
Pour cesser d’épauler les âmes pur's en lutte

Vous étiez celles-là, qu’Auguste avait choisies
Pour trôner du regard sur ses rêves infinis
Qui rallieraient Énée, Caton et Romulus
Au courage d’Horace, à la joie de Rémus

Elle est baignée de sang, la Rome des proscrits
De trahison noircie, la Rome des rescrits
Las! les chastes Vestales, aux serments décisifs
Pâlissent devant les glaives des tribuns incisifs

Mais un jour est venu où le rêve est éclos
D’une nouvelle ardeur, inspirant ses héros
Qui se sont rappelés que «Roma», c’est «amor»
Sans quoi sa destinée caressera la mort

C’est donc par manipul’, cohortes et légions
Qu’ils se sont immolés — la première Mission —
Aux appétits voraces d’une foule en délire
À qui nulle souffrance ne devait plus suffir

Fut-ce vos derniers jours, vertueuses romaines
À qui l’on raconta, quelles furent les arènes
D’Agnès et de Cécile, Catherine, Philomène
À qui l’humble vertu valut cruelles peines
Éprouvant la constanc’ de leur âme sereine
Qui en un autre mond’ leur vaudra d’être reines

Plérôme

dimanche 24 février 2008

Allégorie d'un père à sa fille


Quant au fond de la mer vinrent se retrouver
Le homard et son fils que de longues années
Avaient l'un de l'autre par la mésaventure
Rendus méconnaissables, sauf qu'une joie très pure


Puissante vague d'amour, comme jadis les unit
Qu'un lien filial, céleste avait levée
Donnant ainsi au cœur le sang de sa raison
Donnait aussi à l'âme le c
œur de sa passion

Comment mon fils, dit-il, vous ayant reconnu
Puis-je du fils chéri que si fort ai aimé
L'ayant au fond de l'âme jusques aux nues porté


Ne plus de ce souvenir d'un éternel vécu
Qu'apercevoir les ruines d'un passé révolu
Et désormais du fils ne plus voir que l'ami.

Plérôme

Pardonnez-moi


— 1 —
Pardonnez-moi d’être Français
D'aimer la vie, la joie, l’amour
De négliger parures, atours
Du sublime affirmer le vrai

— 2 —
Pardonnez-moi d’être avec vous
La porte ouverte sur l'infini
Rappel constant à votre ennui
Que sagesse est fille de remous

— 3 —
Pardonnez-moi ce doux bonheur
D'une âme en quête d’absolu
Ailleurs que dans le rêve vécu
Accroché au parcours des heures

— 4 —
Pardonnez-moi de ne pouvoir
Côtoyer les troublants mensonges
Avec lesquels truffez les songes
De vos désirs, de vos espoirs

— 5 —
Pardonnez-moi cris étouffés
Avec lesquels affirme justice
Fuis, muet, cruels supplices
Que réservez aux gens d’aveu

— 6 —
Pardonnez-moi fière croyance
En ce qui touche aux plans suprêmes
Seuls dignes d’être aimés et même
Défendus à extrême outrance

— 7 —
Pardonnez-moi d’encore rêver
Qu’un jour serons frères sincères
Et défierons tous ces mystères
Ces insolentes impiétés

— 8 —
Pardonnez-moi de refuser
Le sacrifice de tous les nôtres
Qu’une vertu oppose aux vôtres
Que l'on tue pour ne pas aimer
Plérôme

Soupirs


Il tarde à lever
Le rideau sur nos cœurs
Et enivrer de ses ébats
Les tréteaux de nos vies

Il tarde à chanter
De ses folles harmonies
La joie d’être, chaque jour
Un trait vif sur l’oubli

Il tarde à rimer
Aux gaies rhapsodies
La poésie d’un regard
Et le rythme d’une âme

Il tarde à respirer
De ses images vibrantes
Le flegme des courants
Et le plasma éthéré
De joyeux souvenirs
Seuil ouvert sur demain


Plérôme

Complainte amoureuse


— 1 —


De qui les bras
Visitiez-vous, madame
Lorsque vous seule aimais

À quelle étreinte
Vous fondiez-vous, madame
Quand de vous languissais

À quels propos
Vous abreuviez-vous, madame
Lorsque d'ennuis mourais

Et que mes nuits
De votre absence, madame
Le vide immense comblais

J'ai tant bercé
La nostalgie de vous
Couvé vapeurs
D'un incessant amour

Chaque jour vous offris
D'une prière tranquille
Mon coeur toujours à vous
Obéissante argile

— 2 —

Pour qui la raison
Étiez-vous, madame
Lorsque vous inspirais

Et quelles passions
Remuiez-vous, madame
Alors que languissais

De qui la voie
Traciez-vous, madame
Alors que vous guidais

Et de qui l'âme
Habitiez-vous, madame
Lorsque vous attendais

J'ai tant puisé
À la mer des sanglots
Sans savoir vous convaincre
Qu'au-delà tous ces mots

Il y a la vision
D'un amour serein
Qu'entretient
avec art
Un propice destin

— 3 —

Que dire, madame
Alors que me quittez
Si ce n'est, chère amie
Qu'étalée à nos pieds

Une arène d'étoiles
Danse sa farandole
Et poursuit de ses feux
Une longue course folle
Plérôme

Ode tragique


Lorsque vous aperçus, en chemin vers l’Abîme
Mon cœur a éclaté, brisé en mil morceaux
Le rêve que nourrissais à la pointe des cimes
S’est las! transmué en désillusion sans mots

Du haut de cette peine, interminable et vive
Qui vous vouait aux dieux, et moi aux gémonies
Secrète à tous les yeux, et à votre âme vive
Je cherche la raison de cet exil honni

Pourtant le ciel est beau et la nature est belle
Les oiseaux chantent en chœur un ramage angélique
Ils redoublent d’ardeur en gracieux décibels
Les sublimes louanges de mélodies mystiques

Mon âme les rejoint, et les y accompagne
Mon penser vole haut et mon pas est certain
Les Moïres ont redonné à Orphée sa compagne
Les Parques lui l’ont ravie et nourri son chagrin.

Plérôme