mardi 22 décembre 2015

De toutes les colombes ...


                                     Les Fêtes 2015-2016

LE SACRIFICE D’IPHIGÉNIE

— 1 —
De toutes les colombes, elle était la plus belle
Les étoiles dansaient au rythme de la joie
Qui dans les cœurs naissait des simples villageois
De bonheur transportés remerciant le Ciel

— 2 —
Qui les bénissait tant et tant et plus encore
D’ainsi avoir souri sur leur humble hameau
Et confié le sort de paysans normaux
À l’harmonie d’une âme aux si puissants accords

— 3 —
C’était la grâce même lorsqu’elle déambulait
Toute enfant qu’elle était sur les étroits sentiers
Qui menaient l’un et l’autre aux prés ensoleillés
Où gamins papillons au hasard sautillaient

— 4 —
Elle était sans souci comme on l’est à cet âge
Où l’innocence est reine et anoblit les cœurs
Et riante pureté fait oublier les heures
Allant jusqu’à tenir les Parques en otage

— 5 —
On ne sait trop au juste d’où elle était venue
Les poètes racontent qu’Agamemnon son père
L’eut de sa noble épouse, Clytemnestre, sa mère
Que nulle enfant, plus qu’elle, ne fut la bienvenue

— 6 —
D’autres rumeurs encore racontent que Thésée
S’étant épris d’amour pour la très belle Hélène
Qui fut sans contredit la plus belle des Hellènes
Et que l’idylle donna cette présence élysée

— 7 —
Mais sa sœur Clytemnestre de charité éprise
Cherchant à éviter le terrible scandale
Qui même en ce temps-là païen et féodal
Aurait terni le nom de la sublime prise

— 8 —
Mais que pouvaient valoir ces vulgaires ragots
Qui des lèvres impures font l’éphémère joie
Éros l’avait conçue, quel qu’en serait l’émoi
Pour troubler la conscience de quelque virago


— 9 —
Zeus ne pouvait être de sa fillette plus fière
Quelle qu’en serait de Héra la sombre opinion
Car ce fut en secret qu’eut lieu la réunion
Qui ferait de Léda une heureuse grand-mère

— 10 —
Ni Tyndare accueillir avec indifférence
L’agréable nouvelle qui le faisait aïeul
Garante des vieux jours qui ne le laisseraient seul
Transformant en doux chants joies et cris de l’enfance

— 11 —
Elles croissaient en beauté, la maman et la tante
Sous le radieux soleil de l’ascétique Sparte
Qu’un jour convoiteraient les trop militants Parthes
Dans un lointain futur, sans qu’elles en fussent conscientes

— 12 —
Mais le vice comme toujours assombrit l’horizon
Qui l’âme promenait de belles joies en gaieté
Qui promettait aux cœurs un éternel été
Sans jamais requérir la chaleur des tisons

— 13 —
C’est la fièvre de l’or qui le bonheur tua
D’une heureuse famille à qui tout souriait
Car au loin un royaume de tous les feux brillait
D’une grande richesse qu’il se constitua

— 14 —
C’est une terre bénie aux confins de la terre
La clef d’une route ouvrant sur des mers inconnues
Sur elle convergeaient les denrées bienvenues
Qu’apportent les marchands parcourant l’univers

— 15 —
Agamemnon régnait à la tête d’un empire
Disputant au Phénix les flots tempestueux
Méditerranéens, aux sillons tortueux
Qui pour prix de l’effort ne consent que soupirs

— 16 —
Ains au-delà des mers de la Cité troyenne
Existait un pays, ou dix, ou vingt, ou mille
Qui pourraient devenir clients ou proies faciles
De ses flottes armées et préhistoriennes

— 17 —
La légende nous dit bien que les Divinités
Promirent à Pâris, prince chez les Troyens
Contre un franc jugement très peu salomonien
La main en mariage d’une exquise beauté

— 18 —
Veuillez, nobles lecteurs gracieux, nous épargner
De faire ce récit autrefois moult conté
D’une pomme d’envie par la Discorde jetée
Aux pieds de trois Déesses qui la veulent toutes gagner

— 19 —
Il suffit simplement de savoir qu’Aphrodite
Heureuse d’apprendre qu’elle était la plus belle
Offrit au rejeton de Priam, ce rebelle
La prodigue largesse que plus haut avons dite

— 20 —
Ainsi furent réunies les causes qui menèrent
Au plus géant conflit des annales anciennes
Qui virent s’affronter forces grecques et troyennes
Et qui en des combats furieux culminèrent

— 21 —
Les notables de Troie ignorant tout du pacte
Que la mère d’Éros fit avec Alexandre
Sommèrent le jeune prince d’auprès Mycènes se rendre
Afin de prévenir navrant passage à l’acte

— 22 —
Car ils avaient ouï dire qu’en contrée achéenne
Couvaient sombres desseins visant à s’emparer
Un jour de leur trésor et même de la contrée
D’où Ilion tirait les richesses troyennes

— 23 —
Par de riches présents, de larges concessions
Peut-être pourrait-il, Pâris, l’ambassadeur
Convaincre Agamemnon du mutuel malheur
Qui procéderait hélas de l’exécution

— 24 —
De desseins belliqueux, si loin de la patrie
Contre la bienveillance d’alliés naturels
Qui se défendaient bien de leur chercher querelle
En gage de paix offrant commerce et industrie

— 25 —
La branche d’olivier qui ainsi fut tendue
À ces fougueux guerriers avides de butin
Ne put que les convaincre du bien faible instinct
Qu’en vérité cachait cette main étendue

— 26 —
Ainsi à ces amis qui offraient en partage
La réciprocité d’échanges pacifiques
Le cœur avare des Chefs endurcis et iniques
Dicte la prise de corps et les tient en otage

— 27 —
Ô! vilenie humaine, ô! imprudents désirs
Qui, pour complaire aux sens, ignorez la sagesse
Lui préférant en lieu la passion traîtresse
Au bonheur éternel l’éphémère plaisir

— 28 —
Ne savez-vous donc pas que de toutes ses lois
Zeus un jour a prescrit, oui, l’hospitalité
Comme un devoir sacré qu’est bien habilité
L’honnête voyageur à requérir du roi

— 29 —
Mais rien de tout cela n’échappa au regard
De la noble et tendre Hélène qui en fut dégoûtée
Car elle qui craignait Dieu et voyait sa bonté
Pouvait-elle ignorer un tel hybris hagard ?

— 30 —
D’autant que son cœur avait pu contempler
Les traits bienveillants du prince prisonnier
Qu’elle ne pouvait au nom de la race nier
Et à l’amour duquel elle se sentait appelée

— 31 —
Ainsi s’accomplissait l’ishtarienne prophétie
En même temps qu’un destin qui liait à jamais
Le sort de deux peuples dont l’amitié désormais
Se métamorphosait en noires péripéties

— 32 —
Défiant son papa, le fier Agamemnon
Outrageant son mari, le hautain Ménélaus
Elle entraîna Pâris, libéré, vers les causses
Et, de là, vers les nefs dont on voit les pennons

— 33 —
Ains le cœur de la belle qu’animait la justice
D’un autre rythme battait, et tout d’amour vibrant
Qui emporte les têtes vers tous les orients
Suscitant les ires en désirant l’armistice

— 34 —
Ni le père, ni le frère ne purent décolérer
En apprenant qu’Hélène avec Pâris s’est enfuie
Comment ont-ils pu être ainsi éconduits
Par celle qu’un sang porte à tant considérer

— 35 —
Et voilà qu’ayant trompé à Zeus la foi jurée
Ils se voient à leur tour par Astarté joués
Mais refusant pourtant d’être ainsi déjoués
Ils poursuivront les amants pour les capturer

— 36 —
La flotte qu’ils arment ne connaîtra pas d’égale
Les voiles innombrables se donnent rendez-vous
Et, au large des côtes, demeurent au garde-à-vous
Les vents étant chiches et l’entreprise illégale

— 37 —
En effet, le roi Zeus qui sur les hauteurs trône
Ne saurait cautionner ce qui ja ! porte affront
À l’ordre divin qui est issu de son front
Ainsi contrecarrant des mesures félonnes

— 38 —
Ne sachant inspirer aux deux frères monarques
La saine intelligence de leur transgression
Il leur fait révéler par le devin d’Apollon
Le motif qui imprime au destin cette marque

— 39 —
Ainsi, souhaitait-il, le père et roi des Dieux
Que les frères guerriers et leurs confrères en armes
Sursissent à leurs actions et versassent des larmes
En demandant pardon de leur projet odieux

— 40 —
Ainsi un cœur aveuglé de haine et de malice
Encouragé en cela par des vouloirs complices
Ne sut trouver en soi la salutaire police
Qui les eût empêchés de vider le calice

— 41 —
Lorsque l’anax apprit ce dont Zeus l’accusait
D’avoir un jour chassé la biche d’Artémis
Et le prix — un horrible et sanglant sacrifice —
Que commande à l’auteur de ce sérieux forfait

— 42 —
Il ne pouvait savoir que cette exorbitance
Devait atténuer son orgueil débordant
Et contrer le dessein d’un cœur trop ardent
Qui de l’immense empire ferait taire l’existence

— 43 —
Mais rien ne l’arrêta, ni même la nouvelle
Que le prix exigé pour des vents favorables
Serait ce sang versé, d’une enfant adorable
Sa propre petite fille, Iphigénie la belle

— 44 —
Était-ce le devoir qui commandait à lui
Le grand, le brave, le courageux Agamemnon
Lorsque le clairvoyant Chalcas au mille noms
Lui fit dresser l’autel et accumuler le buis

— 45 —
Ou était-ce un retour aux violences ataviques
Dont s’était départi dans sa marche pénible
Vers la civilité devenue accessible
Après un long parcours historique et civique

— 46 —
L’homme qui maintenant goûtait aux purs délices
De mœurs polies et sages, de tendresse imprégnées
Car elles s’abreuvaient, et elle étaient baignées
Aux sources de l’amour comme à l’azur des lys

— 47 —
Le couteau descendit sur l’innocente victime
Qui, d’un regard confiant, transperçait le cohen
D’un amour pénétrant excluant toute haine
Exprimant de l’enfant l’ultime et vaste estime

— 48 —
La multitude des cœurs cessèrent à l’unisson
De battre leur cadence, d’exhaler leur soupir
Ils commandèrent aux têtes d’ensemble s’assoupir
Et demeurèrent figés par un géant frisson

— 49 —
Une légende veut qu’au tout dernier moment
La déesse Artémis, comme Dieu au Patriarche
Offrit une génisse pour symboliser l’arche
D’une alliance ressoudée, dure comme diamant


— 50 —
Alors à ce moment où tout semble finir
Et le temps s’arrêter comme en la fin du monde
Un vent propice s’élève et repousse les ondes
Iphigénie sourit et fait Sol resplendir

Plérôme

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